Près de 1000 personnes marchent pour la vérité et la réconciliation
Près de 1000 personnes ont marché dans les rues du centre-ville de Gaspé lors de cette 6e marche de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Photo Nelson Sergerie
Ils étaient près de 1000 à marcher au centre-ville de Gaspé sous un soleil radieux ce 30 septembre pour marquer la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
« C’est une journée extrêmement importante. On se mobilise et fait valoir qu’il y a une histoire pour les peuples autochtones. Gespeg n’est pas vraiment touché par l’histoire des pensionnats, mais nous sommes solidaires avec les autres communautés », commente la cheffe de la Première Nation Mi’gmaq de Gespeg, Céline Cassivi.
Parmi les centaines de participants, pas moins de 700 jeunes des écoles anglophones de Gaspé et de Percé, de l’école secondaire C.-E.-Pouliot et du CPE les Butineurs étaient de la marche.
« Le fait que les écoles viennent, participent, ça veut dire qu’il y a de l’éducation auprès des jeunes qui sont notre futur. Ce sont ces jeunes qui, plus tard, pourront ouvrir la voie et faire connaître cette histoire », poursuit l’élue. Une marche semblable s’est aussi tenue à Gesgapegiag avec quelque 250 participants.
Depuis 10 ans déjà
Cette journée du 30 septembre vise à rendre hommage aux survivants des pensionnats pour enfants autochtones et à ceux qui ne sont jamais rentrés chez eux. Pour le maire de Gaspé, la réconciliation se poursuit alors qu’un rapprochement avec Gespeg est en marche depuis une décennie.
« C’est une journée très importante, note également Daniel Côté. Nous, on œuvre en réconciliation depuis des années avec la Première Nation. C’est plus qu’un geste symbolique. On la vit au quotidien. Pour moi, c’est un devoir d’être présent. »
Le partenariat entre Gaspé et Gespeg pour la construction du nouvel aréna, un projet de plus de 30 millions de dollars au centre-ville, est le plus récent exemple de la collaboration.

Plusieurs élus sur place
Le député sortant de Gaspé, Stéphane Sainte-Croix, estime qu’il devra y avoir davantage de travail pour assurer cette réconciliation, étant de tout cœur avec la communauté. « On peut toujours en faire plus. La poursuite du dialogue, travailler ensemble, collaborer, on peut avancer. »
Son homologue fédéral, Alexis Deschênes, mentionne que cette journée en est une de vérité alors qu’Ottawa a tenté durant un siècle d’éliminer la réalité autochtone qui s’est poursuivie jusqu’en 1996. « Il faut envoyer un signe aux Premières Nations en reconnaissant les difficultés subies et les aider à se relever. Notre rôle est d’être avec eux et souligner cette vérité affreuse, qui fait partie de notre histoire. On voit beaucoup d’effort. Le public est davantage sensibilisé. On chemine comme peuple. Je suis assez optimiste. »
Alors qu’il était avocat à l’aide juridique, le député a vu de près la misère autochtone alors qu’il a eu à représenter devant la justice des membres des Premières Nations. « Il y a encore beaucoup de souffrances et de conséquences des gens qui sont allés dans les pensionnats autochtones, qui revenaient et avaient des enfants qui avaient des problèmes. Ils ont toujours à guérir de ces problèmes », raconte l’élu.
L’Église catholique non plus ne montre pas patte blanche dans l’histoire des pensionnats. « Il y a deux mots clefs : réconciliation et vérité, évoque l’évêque de Gaspé, Mgr Claude Lamoureux, qui était parmi les 1000 marcheurs. Je pense qu’on doit entrer dans un cheminement de vérité, entre nous, entre peuples. La réconciliation est la semence même au cœur de notre message chrétien. On doit le vivre en solidarité avec des personnes qui, au cours de l’histoire, ont besoin de cette vérité et de cette réconciliation comme peuple. L’Église a pris des moyens très concrets pour jeter un pont avec les communautés autochtones et poursuivre la route avec espérance. »
Des jeunes du CPE des Butineurs de Gaspé étaient aussi présents avec leurs éducatrices. « C’est une question de les sensibiliser à un esprit de communauté. Ça arrive peu souvent qu’on puisse amener des jeunes à des événements de cette grandeur. On veut les sensibiliser à la réalité autochtone. C’est très riche culturellement pour les enfants », soutient l’éducatrice spécialisée Angie Bérubé.
Le mot réconciliation
Un débat philosophique est mis de l’avant sur le mot réconciliation, qui ne traduirait pas fidèlement les impacts majeurs vécus dans les pensionnats autochtones. Selon le dictionnaire Larousse, « la réconciliation est l’action de rétablir l’amitié ou l’harmonie entre des personnes qui étaient en désaccord ou fâchée ».
« J’entends souvent dire que ce n’est pas le mot qui devrait vraiment être utilisé. Pour moi, les Premières Nations n’ont jamais voulu être en conflit. Nous avons subi. Ce mot devrait être changé, mais pour le moment, c’est le mot utilisé », note Céline Cassivi, qui souhaite que Québec décrète le 30 septembre comme un jour férié et chômé.
« C’est une bonne question. J’aime beaucoup le thème de la vérité. Pendant plus d’un siècle, le gouvernement fédéral a eu comme politique d’assimiler les Premières Nations et, ce faisant, il a commis des sévices qui ont encore des impacts. C’est une grosse blessure. Pour la suite, il faut travailler d’égal à égal. C’est peut-être ça, la réconciliation », analyse le député Deschênes.
« On souhaite qu’un jour, on soit vraiment reconnu. Au Québec, il y a du racisme systémique. On espère qu’un jour, les gens qui sont au pouvoir vont le reconnaître », conclut la cheffe de Gespeg.
Avec La Presse Canadienne
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