Anticosti

Lien maritime vers Anticosti : « Nous, on ne se sent pas enclavés »

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Par Manuel Paradis 9:43 AM - 22 septembre 2026 Initiative de journalisme local
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Hélène Boulanger, la mairesse d'Anticosti. Photo Emilie Bernier

Un mois après le retrait de la municipalité d’Anticosti du projet de lien interrives qui aurait relié Gaspé à Havre-Saint-Pierre via Port Menier, la mairesse du village de 190 habitants, Hélène Boulanger, explique le contexte qui a mené a cette volte-face.

« Vous savez, sortir d’un projet comme ça, il n’y a rien d’amusant là-dedans », lance la mairesse Boulanger.

En préparation depuis plusieurs années, le projet de traversier était porté par un ensemble de parties prenantes, dont le Port de Havre-Saint-Pierre, la MRC de la Minganie, la municipalité d’Anticosti et la ville de Gaspé.

Une quarantaine de citoyens ont participé à une consultation publique à Port-Menier. Durant celle-ci, une quinzaine d’entre eux ont exprimé catégoriquement leurs oppositions. C’est ce qui aura eu raison de la participation de l’île dans ce projet, qui pourtant, laissait présager des retombées économiques annuelles importantes pour la localité isolée.

« Ce qui est ressorti durant la consultation, c’est entre autres le phénomène d’enclavement », explique Mme Boulanger. « Désenclaver l’île pour le reste de la province, le but est louable. (…) Mais, désenclaver l’île pour la population qui y habite, c’est autre chose. Nous, on ne se sent pas enclavés. »

Les insulaires considèrent que la situation se serait grandement améliorée depuis les 30 dernières années, entre autres grâce au Bella Desgagnés et aux services de desserte aérienne. La mairesse considère que la consultation, auquel 45 habitants sur 190 ont participé, est représentative de l’avis de l’ensemble de la population.

La population de L’Île-d’Anticosti était de 177 habitants selon le recensement de 2021. Photo Emelie Bernier

Revirement

Plusieurs personnes bien au fait du dossier comprennent mal ce revirement soudain, expliquant que la mairesse de la municipalité d’Anticosti, Hélène Boulanger, est partie prenante de l’ensemble des démarches depuis le tout début.

La principale intéressée, quant à elle, dresse un portrait nuancé de la décision qui a été prise et des raisons qui ont obligé la Municipalité à se retirer du projet.

« J’ai annoncé que j’y croyais, puis je ne dis pas que je n’y crois plus », insiste la mairesse Boulanger. « C’est parce que pendant que je m’y associe, ça donne encore l’illusion au gouvernement que nous sommes prêts. »

Manque de ressources

La mairesse Boulanger explique que la qualité et l’exceptionnalité du dossier de l’UNESCO piloté en partie par la Municipalité ont donné l’impression aux gouvernements que l’Île était en mesure de prendre en charge des projets de grande envergure. 

Or, selon elle, la réalité sur le terrain est différente. Les ressources de la municipalité sont limitées, et pendant que le dossier UNESCO a été mené avec diligence, d’autres priorités ont dû être laissées de côté. Les ressources utilisées pour amener à bien ce dossier d’envergure internationale n’ont pas pu être allouées aux développements d’infrastructures, et c’est maintenant ces infrastructures qui font défaut pour permettre l’accueil du lien interrives. 

« Il y a eu, dans les deux dernières années, un développement extraordinaire qui ne s’était jamais produit. Dans les 40 dernières années, il n’y a pas eu autant de construction qu’il y en a eu dans les deux dernières. »

Malgré tout, les insulaires considèrent encore que le développement est insuffisant pour accueillir plus d’une centaine de touristes par jour, dans l’éventualité de la mise en service d’un traversier. 

Le Bella Desgagnés ravitaille Anticosit deux fois par semaine. Photo Emelie Bernier

Un mémoire déposé 

Mme Boulanger confirme avoir déposé récemment un mémoire aux autorités et aux candidats détaillant la situation sur l’île et les besoins afin d’opérationnaliser un développement efficace et harmonieux. Le document détaillerait le manque de ressources humaines, techniques, logistiques et financières empêchant la Municipalité d’Anticosti de se préparer adéquatement à l’arrivée de plusieurs milliers de touristes par année. 

« Ce que je mets en exergue, c’est que ça ne peut plus continuer comme ça », affirme Mme Boulanger. « Encore une fois, le projet UNESCO a envoyé l’image qu’on est capable de tout porter. Mais avec 190 citoyens et des enfants, on ne peut plus assumer le poids fiscal de tout ce qu’on fait. Juste avec ce qu’on a fait dans les cinq dernières années, les dépenses de financement, on est à la veille d’approcher un mur. »

Elle soutient avoir plusieurs fois expliqué aux autorités les besoins de l’île, tant au niveau du développement des infrastructures qu’au niveau du développement des capacités pour permettre l’accueil du lien interrives.

« Ç’a été fait à répétition. Il y a eu des démonstrations, puis à chaque fois, les mêmes personnes me redemandent toujours ce dont j’ai besoin. Je leur demande alors : as-tu perdu mes notes, as-tu perdu mes documents ? »

Sans chiffrer les demandes incluses dans le mémoire, la mairesse Boulanger spécifie toutefois d’amblé avoir besoin d’un chargé de projet.

« Maintenant, je me mets en marche. Parce que là, être obligée de me retirer [du projet de lien interrives], et d’avoir l’odieux de porter cette décision-là, ce n’est pas mon objectif. Je me mets en marche pour que les informations et les demandes soient utilisées. »

Le retrait de la Municipalité d’Anticosti a surpris plusieurs intervenants du développement économique de la Côte-Nord, surtout considérant les importantes retombées économiques qu’aurait engendré le projet. 

« Avant de faire un cadeau à quelqu’un, il faudrait savoir ce qu’il veut », renchérit la mairesse. « On ne peut pas s’en passer, de ces retombées économiques là, mais il y a d’autres manières. » 

Assurant que la Municipalité souhaite et vise à faire du développement permettant l’augmentation des retombés touristiques, elle mentionne cependant que les éléments de bases font défaut. Il n’y a pas pour l’instant de restaurant et de commerce permettant de desservir un flux important de touristes, et les logements disponibles sont inexistants.

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