Le rail marque le débat à Gaspé

Par Nelson Sergerie 10:26 AM - 16 septembre 2026 Initiative de journalisme local
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Les candidats Emmanuelle Babin (QS), Michel Marin (PLQ), Méganne Perry Mélançon (PQ) et Stéphane Sainte-Croix (CAQ). Photo Jean-Philippe Thibault

Le dossier de la réhabilitation du rail a suscité les échanges les plus passionnés des quatre candidats présents au débat organisé par CHNC et Télé-Gaspé mardi à Gaspé.

Le député sortant a été ciblé par ses adversaires alors que Stéphane Sainte-Croix a dû défendre son bilan. Alors que VIA Rail et la Coalition pour le retour des services d’un train de passagers en Gaspésie réclament une date pour atteindre Gaspé, les candidats ne se sont pas mouillés clairement sur cet aspect ni sur le budget nécessaire pour atteindre le terminus.

La candidate péquiste Méganne Perry Mélançon a lancé la première attaque au caquiste Stéphane Sainte-Croix. « On a connu des délais inacceptables sur le retour du train jusqu’à Gaspé. En 2018, on annonçait déjà qu’on allait travailler la réfection complète. On le faisait encore en 2022. Contrairement à la CAQ, on ne fera pas la réfection uniquement s’il y a une entreprise qui a un projet et qui va en avoir besoin. Il faut s’attarder à la mobilité de la population », suggère-t-elle en dénonçant au passage le recul du projet de la phase de réalisation à la phase de planification, en mars 2025, tout comme le dénonce le libéral Michel Marin.

« Depuis, on n’entend rien parler », a ajouté la péquiste, ce qui a provoqué une réaction sentie du député sortant.

« Je ne me contente pas de défendre. On est en action », rappelle Stéphane Sainte-Croix en soulignant les investissements de 54 millions de dollars réalisés entre Matapédia et Caplan et les près de 300 millions jusqu’à Port-Daniel-Gascons.

« Reste le dernier [tronçon]. On est à l’œuvre. On a débloqué 130 millions dans les derniers mois pour aller de l’avant avec des infrastructures importantes, abandonnées par le gouvernement fédéral et abandonné aussi par le PQ lors de son bref passage. Les chantiers avaient été interrompus pour une valeur de 10 millions pour un projet de train touristique qui était en opération », ajoute le député sortant en référence au défunt Amiral.

« J’ai eu plutôt l’impression que ce train recule, ou n’est pas un train à grande vitesse », a ajouté pour sa part la solidaire Emmanuelle Babin, qui a rappelé que cette infrastructure a manqué d’entretien.

Le libéral Michel Marin a souligné l’importance de le réhabiliter, l’argent provenant du PQI [Plan québécois des infrastructures] dans les 75 % des investissements qui seront faits dans le maintien d’actif et rappellantqu’Ottawa va investir dans ce genre d’infrastructure.

Selon lui, le Québec doit se doter d’un système de rails complets pour son développement. Il évoque même un vieux projet des années 1950 en Haute-Gaspésie.

« Si on veut parler du déploiement du rail en Gaspésie, j’ai l’ambition de faire venir le rail de Matane vers la Haute-Gaspésie. Faire le tour, c’est peut-être compliqué », suggère le libéral.

Le débat produit en collaboration entre Télé-Gaspé et CHNC a été animé par Nelson Sergerie et Octave Thibault. Photo Jean-Philippe Thibault

Développement économique

Les électeurs évoquent régulièrement le coût du litre d’essence dans les échanges avec les candidats. La Régie de l’énergie a produit de nombreux rapports plaçant la circonscription de Gaspé parmi les endroits les plus élevés dans la province. Cet été, la marge bénéficiaire a été durant plusieurs semaines du simple au double.

Cependant, aucun candidat n’a présenté de mesures concrètes pour obtenir un prix juste. Le libéral Michel Marin s’est rendu souvent au Saguenay, où l’essence se vendait de 10 à 20 ¢ en moins le litre. Il a discuté de la situation avec un représentant de l’industrie.

« Là-bas, il y a de la compétition. Chez nous, on a un problème de compétition. Les règles du libre marché sont brouillées. Il y a une intervention à faire, mais je ne sais pas encore la nature », évoque le libéral.

Pour la candidate péquiste, la voiture reste essentielle pour les déplacements des citoyens, d’autant plus qu’il manque une offre de transport en commun. « On a pris un engagement pour baisser la taxe sur l’essence et cesser la double taxation. Ça fait longtemps qu’on parle qu’on puisse avoir plus de mordant en ayant notre propre Bureau de la concurrence québécois pour qu’on puisse régler les disparités entre les régions. »

« On n’est pas resté assis sur nos mains, rétorque Stéphane Sainte-Croix, rappelant l’élimination du prix plancher et le manque de concurrence. On est devant une réalité économique pour laquelle nous sommes défavorisés. Ça nous fait réaliser à quel point l’auto est nécessaire et l’impact du carburant a un impact énorme et négatif sur la rentabilité. On a agi pour les pêcheurs et agriculteurs. Pour la suite, il faut maintenir l’abolition du prix plancher pour favoriser la concurrence. Ce sont des actions à moyen et long terme. »

Pour Emmanuelle Babin, le transport en commun reste un besoin important pour permettre aux gens de se déplacer. « C’est une solution qui répond aux besoins en Gaspésie. »

Éolien

À plusieurs reprises ces dernières années, des voix ont dénoncé le recours à des composantes éoliennes de l’extérieur pour équiper des parcs québécois.

« Oui, on doit avoir des critères, mais il faudrait développer un mécanisme de comparaison avec les marchés disponibles pour voir s’il n’y a pas d’exagération », croit Michel Marin.

« On est toujours dans l’optique du plus bas soumissionnaire. J’ai toujours cette question, car il y a un coût environnemental à aller chercher toujours plus loin. Il faut revoir les modèles d’achat local. On l’avait demandé. Pourquoi la CAQ n’est pas capable de s’assurer d’un contenu québécois ? », questionne Méganne Perry Mélançon, notant que le marché mondial change.

« L’énergie est régie par un accord de libre-échange, répond Stéphane Sainte-Croix. Dans un monde idéal, on aimerait tous que nos parcs soient avec des composantes québécoises. Avec les changements géopolitiques et la guerre tarifaire, on a des décisions à prendre pour marcher sur la ligne de nos accords. On va bonifier nos façons de faire, mais souvenons-nous que nous sommes sur un libre marché. On souhaite que nos entreprises puissent soumissionner sur nos contrats à venir. »

Santé et services sociaux

Le manque de main-d’œuvre reste un problème entier pour offrir les soins de santé en Gaspésie. Stéphane Sainte-Croix rappelle que des mesures mises en place par la CAQ ont permis de réduire les patients orphelins, par exemple, et que l’ajout d’argent pour le soutien à domicile aidera. Plusieurs travailleurs indépendants ont joint Santé Québec Gaspésie.

« Le temps d’urgence dans nos établissements est parmi les meilleurs au Québec. Je pense que c’est un indicateur concret d’une amélioration », lance le caquiste.

« On a oublié de prendre soin de ces gens. Avec Québec solidaire, on veut offrir des conditions de travail attrayantes et facilitantes pour la conciliation travail-famille. Dans les CLSC, on retrouvera les services de première ligne importants. Ce n’est pas normal qu’on n’ait pas accès à des soins en santé mentale. C’est une priorité à considérer », affirme pour sa part la candidate solidaire.

« Il y a beaucoup d’esthétique dans ce que dit M. Sainte-Croix. Je connais des gens qui n’ont toujours pas vu de médecins. Le sous-effectif est constant et une chance qu’on a de la main-d’œuvre immigrante qui vient en soutien. On a des partis qui font de la petite politique sur l’immigration. On va cibler en fonction des besoins et des milieux », évoque Michel Marin.

La candidate du Parti québécois ne peut pas s’attendre à de meilleurs résultats en demandant au CISSS de la Gaspésie des millions de budgets.

« On n’investira plus dans la structure de Santé Québec. Ces sommes seront directement allouées aux soins aux patients, en prévention, en santé mentale, notamment auprès des jeunes et faire bouger la population. Le réseau des CLSC est la véritable porte d’entrée et il faut augmenter l’enveloppe pour avoir le bon soin, par le bon professionnel au bon moment. Il faut revoir le modèle. On est capable de faire mieux », évoque Mme Perry Mélançon.

Les candidats se disent aussi sensibles au volet des services sociaux alors que le libéral et la péquiste ont signé les demandes « légitimes » des organismes communautaires déposées lors d’un dévoilement public effectué le 8 septembre dernier.

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