Poussée vers la fermeture

Par Jean-Philippe Thibault 9:28 AM - 14 septembre 2026
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Le commerce fermera le 26 décembre, a annoncé la propriétaire. Photo Jean-Philippe Thibault

En peu de temps, Cynthia Tolede a réussi à se tailler une place de choix au cœur de sa communauté d’adoption, à Gaspé, avec son commerce Traiteur de la Baie, qu’elle a mis sur pied dans un local du centre-ville.

La femme originaire de la Guadeloupe propose des prêts-à-manger, des desserts et des plats congelés, mais aussi des buffets chauds ou encore la préparation de cocktails dinatoires et de repas d’affaires, ne comptant pas ses heures pour répondre à la demande.

Arrivée au Québec en 2022, elle a étudié en cuisine à Trois-Rivières et a ensuite décidé de poser ses valises en juin 2025 en Gaspésie. « Des amis et de la famille me disaient que ça manquait un traiteur ici, alors j’ai embarqué dans l’aventure », explique l’entrepreneure.

Depuis son arrivée dans la région, elle s’est forgé une bonne réputation et bâti une clientèle fidèle, allant jusqu’à remporter le Prix Travailleuse autonome – Commerce lors de la plus récente Soirée Reconnaissance de la Chambre de commerce de La Côte-de-Gaspé. « C’est comme ma deuxième famille ici à mon commerce. J’ai fait de belles rencontres et certaines personnes sont même devenues des amis. »

Cynthia Tolede Photo Jean-Philippe Thibault

Sauf que les règles d’immigration ne sont pas favorables pour des personnes dans la même situation que Cynthia Tolede. « Depuis un peu plus de deux mois, je savais que ça allait être compliqué », précise-t-elle.

Celle-ci n’a pas accès au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) afin d’obtenir sa citoyenneté canadienne, puisqu’elle devrait être salariée pour y être éligible. Donc, vendre le commerce qu’elle a créé à une tierce personne pour l’opérer elle-même et se faire verser un salaire.

Les critères du programme québécois d’immigration pour les travailleurs autonomes exigent quant à eux des avoirs nets de 100 000 $, ce qu’elle n’a pas. L’entrepreneure a donc publié sur sa page Facebook que le Traiteur de la Baie fermerait définitivement ses portes le 26 décembre.

« Ce n’est ni par manque de clientèle, ni par manque de travail, et encore moins par manque de passion. Si cela ne dépendait que de moi, le Traiteur de la Baie continuerait. La raison de cette fermeture est malheureusement liée à ma situation d’immigration au Québec », écrit-elle.

« Après toutes ces années et tous ces sacrifices, devoir renoncer à une entreprise que j’ai créée de mes propres mains et qui fonctionne, non pas parce que je souhaite arrêter, mais pour me donner une chance de pouvoir continuer notre vie ici, est un véritable déchirement […] Lorsque j’ai fait ce choix, je pensais sincèrement que nous posions nos valises pour de bon. Je pensais faire ma vie ici, voir ma fille grandir ici et faire de la Gaspésie notre chez-nous. »

Le Traiteur de la Baie se spécialise notamment dans les prêts-à-manger. Photo Jean-Philippe Thibault

Élan de solidarité

Suite à la publication de la nouvelle sur les réseaux sociaux, une vague d’appuis et de soutien a déferlé envers la propriétaire. Plusieurs ont tenté à leur façon de dénouer ce nœud gordien.

« Je ne pensais pas que ça allait faire autant de bruit et que ça serait allé aussi loin. Je sais que plusieurs personnes se mobilisent pour trouver une solution. C’est énorme. Depuis la publication de l’annonce, mon téléphone n’arrête pas et les visites aussi. »

Probablement parce que le sujet touche une corde sensible, soit celui de l’immigration en région, dont les réalités ne sont pas les mêmes que dans les grands centres éloignés.

La Fédération des chambres de commerce du Québec ainsi qu’une trentaine d’organisations provinciales s’étaient mobilisées cet hiver pour ne pas devoir se priver des personnes immigrantes déjà bien établies sur leur territoire. La directrice générale de la Chambre de commerce de La Côte-de-Gaspé abonde dans le même sens encore aujourd’hui.

« Dans de petites régions comme les nôtres, quand on a des immigrants qui se sont intégrés, qui font des affaires dans des secteurs en besoin, c’est quoi la marge de manœuvre pour trouver une voie de passage ? », se questionne Marie-Claude Brière.

« Comment se fait-il que quelqu’un qui est intégré dans sa communauté, qui travaille fort et qui est reconnu par ses pairs doive passer par là ? », ajoute-t-elle.

Politiquement, le député sortant Stéphane Sainte-Croix a indiqué que la période électorale impose certaines limites dans un dossier individuel, mais que l’équipe de son bureau de circonscription demeurait disponible pour un accompagnement.

Au fédéral, le bloquiste Alexis Deschênes a précisé que l’entrepreneure est accompagnée par son équipe depuis plusieurs mois. Dans tous les cas, au moment de mettre sous presse vendredi, rien n’était certain quant à la suite des choses pour Cynthia Tolede et son commerce, ni même si elle restera à Gaspé.

« Maintenant, je n’ai pas d’autres issues. Il y a des choix à faire parfois dans la vie, malheureusement. Honnêtement, même s’il y avait une solution, par rapport à l’immigration et pour des raisons personnelles, je crois que je fermerais le commerce », conclut la femme d’affaires, visiblement découragée par les événements.

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