Qu’est-ce qui est le plus important pour les électeurs lorsque vient le temps d’apposer son X dans l’isoloir entre le parti, son chef ou le candidat local ?
Un cas de figure qui pourrait être enseigné dans les cours de sciences politiques est celui du résultat dans la circonscription de Gaspé, en 2018, alors que le Parti québécois et le Parti libéral du Québec se livraient une lutte à finir. D’un côté, le PQ présentait une nouvelle candidate, Méganne Perry Mélançon, après avoir été représenté par Gaétan Lelièvre pendant six ans. De l’autre, le PLQ y allait avec Alexandre Boulay, alors directeur chez LM Wind Power et bien connu du milieu.
Il faut se rappeler qu’à l’époque, le taux d’insatisfaction envers les libéraux était élevé, en lien notamment avec l’austérité budgétaire imposée dans la première moitié du mandat du gouvernement de Philippe Couillard, de 2014 à 2016.
Sachant fort bien que ni son chef ni son parti n’allaient influencer positivement sa campagne, Alexandre Boulay a pris la décision de faire cavalier seul et de se mettre à l’avant-plan. Le pari a presque fonctionné, puisque le résultat de l’élection s’est joué au recomptage judiciaire, après que le libéral ait initialement été annoncé comme vainqueur.

Faire campagne à sa manière
Le principal intéressé est d’avis que les candidats locaux doivent se démarquer, spécialement dans une course à cinq partis. « Ils doivent se faire voir, rencontrer des gens aux quatre coins du territoire et oser avoir une saveur différente, sans trop s’éloigner de la ligne de parti. J’appelle ça des missions personnelles qu’on veut mettre de l’avant en tant que candidat. Et ça peut faire osciller l’aiguille de quelques points. »
Ces quelques points peuvent être cruciaux. Le PQ a été couronné par 41 voix seulement en 2018 dans Gaspé. La CAQ l’a emporté sur le fil par 710 votes en 2022. Dans le cas d’Alexandre Boulay, en 2018, il avait fait mentir le site spécialisé Qc125 en allant chercher six points de plus que ce qui était projeté pour les libéraux dans sa circonscription.
« Ça démontre que si le candidat est authentique, ça peut faire une différence. D’ailleurs, je ne me gênais pas pour dire aux gens que s’ils n’étaient pas à l’aise de voter libéral, ils n’avaient qu’à voter pour le candidat qui allait travailler pour aider la région. »
Vers la fin de la campagne, le premier ministre sortant, Philippe Couillard, avait fait un voyage éclair en Gaspésie. Déchiré entre la loyauté envers le parti et la crainte qu’une telle visite soit plus dommageable qu’autre chose, Alexandre Boulay avait fait une simple mention de son passage sur les réseaux sociaux, sans tambour ni trompette.
Des observateurs fascinés
L’ex-candidat confie qu’il a su par la suite que les stratèges libéraux observaient sa campagne de près. « Ils m’avaient dit qu’ils n’avaient jamais vu de campagne comme la mienne pendant cette élection. Ils voyaient que mes publications sur les réseaux sociaux suscitaient des réactions positives, et c’est probablement pour ça qu’ils m’ont laissé aller, même si j’avais un petit côté nationaliste qui collait un peu moins au parti. »
Avec le recul, Alexandre Boulay avoue qu’il en a retiré une expérience enrichissante et ne regrette pas d’avoir mené sa barque à sa manière. « Il faut que les candidats mènent des campagnes à leur image. Pour ma part, je ne me voyais pas attaquer les autres candidats, alors je ne l’ai pas fait. Je me suis concentré sur ce que j’avais à dire et j’ai été à la rencontre des gens. Encore aujourd’hui, je peux dire que j’ai découvert la région sous un œil différent. »
L’homme de Rivière-au-Renard qui a gravi les plus hauts échelons dans le monde de l’éolien est maintenant copropriétaire de Breuvages Gaspé. Ayant mis la politique derrière lui, n’en reste pas moins qu’il aurait pu devenir chef du Parti libéral après la déconfiture de Philippe Couillard. « J’avais une équipe derrière moi, mais je ne sentais pas que j’avais suffisamment d’expérience pour mener une course à la chefferie. »
Alors, est-ce qu’un candidat peut faire une différence importante dans une élection ? Alexandre Boulay a prouvé que oui.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.