Comment fonctionnent les communications à la Sûreté du Québec ?

Par Dominique Fortier 6:15 AM - 7 septembre 2026 Initiative de journalisme local
Temps de lecture :

Frédéric Deshaies, porte-parole de la Sûreté du Québec dans l'Est-du-Québec. Photo courtoisie

Quel est le rôle d’un porte-parole à la Sûreté du Québec ? Qu’a-t-il le droit de dévoiler au public ? Pourquoi a-t-on l’impression que l’information est parfois partagée au compte-gouttes ? On a posé ces questions à Frédéric Deshaies, responsable des communications pour l’Est-du-Québec depuis 2023.

1- Quelles sont les lignes directrices d’un porte-parole de la Sûreté du Québec ?

Toutes nos communications doivent être faites selon les lois en vigueur. On peut penser à la Loi sur les coroners, le Code criminel ou les lois concernant les personnes d’âge mineur. Il y a donc plusieurs limites à ne pas franchir lorsqu’on communique de l’information et ça peut effectivement provoquer de l’incompréhension dans le public, mais nous sommes tenus de respecter ces lois.

2- Pourquoi ne dévoile-t-on plus le nom des victimes, notamment dans le cas d’accidents de la route ?

Depuis plusieurs années, on ne dévoile plus les noms des victimes, par obligation légale. Notre rôle est d’assister le coroner dans son enquête afin d’établir les causes et circonstances d’un décès. Selon la Loi sur les coroners, c’est à lui que revient la décision de révéler ou non l’identité des victimes.

3- Quelles informations peuvent être révélées, par exemple sur une entrée par effraction, sans que celles-ci nuisent à l’enquête ?

Lorsqu’une personne communique avec la police, c’est toujours confidentiel et nous n’avons pas à révéler cette information au public ou aux médias. Nous ne sommes pas tenus non plus de confirmer la tenue d’une enquête en cours.

Lorsqu’on affirme qu’on ne peut pas divulguer certains détails afin « de ne pas nuire à l’enquête », c’est qu’on estime que certaines informations pourraient compromettre le travail des enquêteurs. Je donne l’exemple de la divulgation prématurée d’éléments de preuves, de témoignages, de techniques d’enquête ou d’informations détenues uniquement par les personnes impliquées. Ça pourrait influencer des témoins à orienter leur version des faits.

À l’inverse, lorsqu’on nous contacte avec des informations qui n’ont pas été révélées médiatiquement, ça nous permet de donner une certaine crédibilité au témoignage. Donc, dans certains cas, la retenue d’informations est essentielle pour préserver l’intégrité du processus d’enquête. N’oublions pas que notre but premier est de trouver les auteurs des crimes.

4- Qu’en est-il lorsque les victimes partagent elles-mêmes les informations, notamment sur les réseaux sociaux ?

C’est un bon point à soulever. À la base, nous ne révélerons pas l’endroit où un crime a été commis. Toutefois, à partir du moment où la victime affirme publiquement qu’elle a communiqué avec les policiers, je n’aurai pas de difficulté à confirmer s’il y a une enquête en cours.

5- Est-ce que le fait que les victimes dévoilent elles-mêmes des informations sur les réseaux sociaux, notamment dans le cadre de vols, nuit au travail des policiers ?

C’est clair que ça peut nous nuire. Si nous avons un appel au public à faire, nous allons le faire par le biais de nos plateformes ou par les médias traditionnels. Et pourquoi ça nous nuit ? Parce que ça met les suspects en alerte. Ils savent qu’une enquête est en cours et ils peuvent donc coordonner leurs versions et cacher des éléments de preuves. On ne le recommande pas.

6- À quel moment dévoile-t-on le nom des suspects après une arrestation ?

Lorsqu’une personne est arrêtée, mais qu’elle n’a pas encore comparu une première fois devant le tribunal, elle n’est pas officiellement accusée. Donc, avant cette étape, on n’a pas le droit de divulguer l’identité. C’est dans ces cas qu’on va utiliser une description générale comme l’âge, le sexe et le secteur d’où provient le suspect.

Par contre, à partir du moment où une dénonciation a été faite et que le suspect a comparu devant le tribunal, son identité devient publique et un journaliste peut obtenir cette information par le biais du palais de justice.

7- Est-ce que les médias sociaux sont plus nuisibles ou utiles au travail des policiers ?

Les réseaux sociaux permettent à l’information de circuler très rapidement. Ça devient toutefois aussi un vecteur de rumeurs et d’informations inexactes à la quantité de contenu qui peut être publié quotidiennement. Ceci dit, dans certaines enquêtes, il peut y avoir une vigie des médias sociaux. Ce sont des techniques qui sont connues. Il faut toutefois être très vigilant avec ce qui est partagé sur les médias sociaux. Lorsque la police a une information vérifiée, à ce moment, elle le partagera sur les canaux qu’elle juge appropriés.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire également

Johanne Fournier en lice aux prix Judith-Jasmin

Première étape formelle pour une résidence étudiante

Le Sea Shack change de mains

Horizon

Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.