Avenir incertain pour la Scierie Rosario Poirier

Par Nelson Sergerie 2:42 PM - 2 septembre 2026 Initiative de journalisme local
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L'entreprise se spécialise dans la fabrication de palettes avec du tremble, une essence abondante en Gaspésie. Photo tirée du site Web de Scierie Rosario Poirier

L’avenir de la Scierie Rosario Poirier de Saint-Alphonse est sur la corde raide alors qu’un projet de modernisation d’une partie des installations subit un refus d’Investissement Québec. L’entreprise se spécialise dans la fabrication de palettes avec du tremble, une essence abondante en Gaspésie.

Pourtant, le gouvernement fédéral, via Développement économique Canada pour le Québec, avait avancé un prêt de 800 000 $, qui a été converti en une subvention d’un million. Investissement Québec a annoncé le 31 août en après-midi le retrait d’une contribution financière de 2,6 millions.

Le projet avait été déposé en mai 2025 et retravaillé pour réduire les coûts à 6 millions, afin d’obtenir le financement nécessaire. « On nous parle du contexte économique en général dans notre secteur d’activité », explique la contrôleuse financière de l’entreprise, Patricia Poirier, qui dit comprendre qu’Investissement Québec se retire de ce secteur d’activité.

« Si on ne fait pas le projet de modernisation, nous, c’est la fin de notre règne », lance pour sa part le président-directeur général, Luc Poirier, qui avait pris la relève de l’entreprise fondée par son père en 1973, et en poste depuis 2014.

L’entreprise emploie présentement 32 personnes, sans compter les travailleurs en forêt. « Les années sont de plus en plus dures. Le prix du bois et la compétition sont rendus féroces. En Gaspésie, on est loin des marchés. Il faut se garder à la fine pointe de la technologie. »

Luc Poirier précise qu’il s’agissait d’une première phase d’un plan de modernisation plus important pour les prochaines années. Les gestionnaires de l’entreprise espèrent que la campagne électorale permettra de trouver une voie de sortie.

Le bois en réserve s’amenuise et l’entreprise devrait lancer un processus de réapprovisionnement, estimé à 6 millions. Si la réponse n’est pas renversée rapidement, le glas pourrait sonner. « Ce sont des contracteurs qui vont entrer et on ne veut pas entraîner d’autre monde dans notre chute », résume Patricia Poirier.

« Si on envoie du monde en forêt, qu’on ne fait pas notre projet de modernisation, on pourrait passer au travers si le prix du bois monte, précise Luc Poirier. Mais s’il ne monte pas, on ne passera pas cet hiver. Je vais aviser mes contracteurs forestiers et on prendra la décision ensemble, mais je pense qu’elle sera facile à prendre. Je veux jouer honnête avec eux. »

Sans commentaire

Investissement Québec refuse de commenter le dossier. Par courriel, le bras financier du gouvernement du Québec indique ne pas discuter publiquement des pourparlers qu’elle a avec des entreprises qui lui soumettent des projets.

Cependant, l’organisme confirme analyser les dossiers au mérite, en considérant les facteurs de réussite et ceux de risque associés aux projets soumis, dans une perspective de saine gestion des fonds publics.

« Une demande de financement peut être refusée, notamment, si l’entreprise n’est pas en mesure de réunir les conditions nécessaires à l’obtention d’un financement », répond Investissement Québec.

Catherine Blouin Photo Olivier Therriault

Réactions politiques

Appelée à commenter le dossier, la députée caquiste sortante de Bonaventure se dit préoccupée par cette décision. « C’est pour cette raison que mon équipe et moi travaillons en étroite collaboration avec l’entreprise depuis plusieurs mois. On sait que le secteur forestier est fragile en ce moment, en raison de l’incertitude économique. Je suis toutefois surprise de ce revirement de situation de la part d’Investissement Québec, puisque le son de cloche de la semaine dernière était différent. J’ai été mise au courant il y a quelques minutes [ndlr : le 31 août en après-midi] et je suis en discussion avec l’entreprise, le cabinet de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie ainsi que celui des Ressources naturelles et des forêts afin de voir si on peut aider autrement. »

Christian Cyr Photo Jean-Philippe Thibault

Le candidat libéral dans Bonaventure affirme que ce refus confirme l’abandon du secteur forestier de la CAQ. « Quand on pense au projet de l’usine Rosario Poirier, aux usines de Damabois qui ont fermé, de l’aménagement forestier qui est abandonné, la réduction des interventions est drastique. C’est inacceptable », résume Christian Cyr.

Celui-ci rappelle que le secteur forestier est un pilier économique vital pour la Gaspésie. « Au Parti libéral, le feu est vert pour la mise en valeur des ressources naturelles, que ce soit les mines, la forêt ou les pêches. »

Pier-Luc Bujold Photo Jean-Philippe Thibault

Le candidat péquiste se montre quant à lui préoccupé par la situation, écorchant son adversaire caquiste Catherine Blouin. « Nous sommes très préoccupés. Ce qu’on a su, c’est que la députée sortante, Catherine Blouin, aurait refusé des appels. Silence radio. Ce silence radio est inacceptable », soutient Pier-Luc Bujold.

Il évoque au passage l’impact important pour les travailleurs qui seraient éventuellement touchés. « Ce sont pour des sujets comme ça que je me présente, pour travailler directement avec les gens du milieu, des entreprises. Il pourrait y avoir des impacts importants pour Saint-Alphonse et beaucoup de gens autour. »

Yv Bonnier Viger. Photo Nelson Sergerie

La décision d’Investissement Québec est le contraire de ce que devrait faire la société d’État dans le contexte actuel, estime pour sa part le candidat solidaire dans Bonaventure. Yv Bonnier Viger s’attriste de cette décision qui, même s’il s’agit d’entreprise privée, a un caractère social important.

Le gouvernement a une responsabilité importante, précise-t-il, et le projet va dans le sens de Québec solidaire de faire de la transformation locale. Un gouvernement solidaire serait au rendez-vous, assure-t-il.

« Le bois est là. Le besoin de palettes n’est peut-être pas important pour le moment, mais va le redevenir éventuellement. Ce que l’entreprise propose, c’est une diversification de ses opérations. C’est tout à fait dans le bon sens », croit le solidaire.

Le tremble n’est peut-être pas un bois solide, mais le candidat estime que cette essence dans des meubles peut fonctionner d’autant plus que cette matière est abondante en Gaspésie.

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