Peu de relève chez les éducatrices à l’enfance
La relève se fait rare en éducation à l'enfance. Photo Nelson Sergerie
Les éducatrices à l’enfance ne poussent pas dans les arbres, pour reprendre une vieille expression populaire.
À Gaspé, le nouveau Centre de la petite enfance (CPE) flambant neuf Les Vire-vents n’accueillait que 37 enfants sur une possibilité de 100 à son ouverture, soit à peine plus que le tiers. Il manquait alors une quinzaine d’éducatrices à l’enfance dans l’ensemble du réseau du CPE Le Voyage de mon enfance, qui a des installations à Gaspé et Murdochville.
Si la relève manque, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Le Cégep de la Gaspésie et des Îles a remanié de fond en comble, en 2024, son programme Techniques d’éducation à l’enfance, offrant notamment des stages rémunérés et une garantie d’emploi pendant les études.
Les inscriptions tardent à suivre, cependant. Une seule personne a levé la main cet automne. Aucune l’année précédente. Il y aura maintenant presque 10 ans qu’une cohorte n’a pas été lancée au secteur régulier au campus de Gaspé.
« On est un peu perturbé par la situation », concède Serge Rochon, le directeur des études du Cégep de la Gaspésie et des Îles.

Collaboration interrégionale
L’organisation ne jette pas la serviette pour autant. « On n’offrira pas le programme l’an prochain, mais on va repartir une réflexion. Il est offert uniquement à Gaspé présentement, mais si on l’offrait en formation à distance, est-ce que les jeunes de la Baie-des-Chaleurs et ceux des Îles seraient plus intéressés ? Il faut y penser. »
Dans l’attente, une collaboration a été mise sur pied avec le Cégep de Rivière-du-Loup, qui jouit d’une certaine stabilité de son propre programme Techniques d’éducation à l’enfance et qui réussit à démarrer deux cohortes chaque année, pour une trentaine d’inscriptions.
« Ce sont eux qui vont faire la promotion en Gaspésie pour offrir le programme et les jeunes vont pouvoir venir faire leurs stages ici, dans la région. On a présenté ça aux CPE avant les vacances et on estime que ce n’est pas une mauvaise stratégie pendant qu’on poursuit notre réflexion », poursuit Serge Rochon, qui peine à mettre le doigt sur un élément en particulier pour ce manque de relève.
L’ensemble de l’offre est pourtant bonne au Cégep de la Gaspésie et des Îles, qui a encore une fois vu son nombre d’inscriptions augmenter cette année. « Là, on ne réussit pas à faire lever des intérêts chez les jeunes. Est-ce que ce sont les conditions de travail autour des CPE ? Peut-être, mais clairement, il y a un nœud là. »
Pour la Table de concertation féministe Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, le gouvernement a erré depuis trop longtemps. « Les éducatrices sont formées et travaillent en sous-effectifs, note la coordonnatrice Nastassia Williams. C’est un métier mal rémunéré et exigeant. Les gouvernements n’ont pas fait le travail en reconnaissant le travail des éducatrices à la petite enfance. Si on ne reconnait pas le métier à sa juste valeur, ce sont les femmes qui en souffrent comme mères et comme travailleuses. »
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