L’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP) a accueilli avec soulagement le retrait, le mercredi 26 août, de la surtaxe de 25 % que le gouvernement canadien s’apprêtait à imposer sur une vaste gamme de poissons, crustacés et mollusques importés des États-Unis.
Cette contre-mesure, annoncée en réponse aux politiques commerciales américaines, devait entrer en vigueur le 8 septembre et visait notamment le homard, le crabe, la crevette, le flétan, les pétoncles et les huîtres.
Une mobilisation qui porte ses fruits
« Le message a porté », se réjouit le directeur général de l’AQIP, Serge Fortin. Il attribue ce recul aux nombreuses représentations faites auprès du premier ministre Mark Carney et du ministre du Commerce intérieur, Dominic LeBlanc, ainsi qu’à une lettre commune signée avec des homologues d’autres provinces.
« On voit que, lorsque l’industrie se mobilise, on est capable de faire de grandes choses. On salue le courage du gouvernement canadien de faire marche arrière dans ce dossier. »
Partenaire commercial difficile à remplacer
Le marché américain demeure de loin le principal débouché pour les entreprises de transformation de la Gaspésie et de la Côte-Nord. « 90 % des produits de la mer pêchés au Québec sont exportés vers les États-Unis, précise M. Fortin. Pour être plus précis, c’est 93 % des produits transformés et 87 % des produits vivants. »
C’est cette dépendance qui rendait l’industrie particulièrement nerveuse à l’idée d’une riposte américaine. « Une usine me disait que, cette année, elle a acheté du homard du Maine pour terminer ses contrats avec ses clients, illustre le dirigeant de l’AQIP. Ça a eu un impact. » Cette inquiétude est renforcée par la dépendance des usines américaines aux équipements et fournitures d’emballage.
Les craintes étaient aussi présentes dans le milieu politique. « Je suis inquiet et je pense que c’est un jeu dangereux, notait le député bloquiste dans Gaspésie-Les Îles-de-la-Madeleine, Alexis Deschênes, quelques heures avant le retrait des contre-tarifs canadiens. Quand j’ai vu la décision du premier ministre Carney d’imposer des tarifs sur les importations sur les produits de la mer, j’ai eu la crainte d’une riposte américaine. Et je vois qu’elle est partagée par d’autres acteurs de l’industrie. Un collègue député de Terre-Neuve m’a exprimé la même crainte. »
Miser sur la diversification
Amorcée il y a un an et demi avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec ainsi que le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, la réflexion sur la diversification des marchés a pris un tournant concret depuis l’arrivée de Donald Trump et ses premières surtaxes. « Il fallait que les entreprises commencent à diversifier leurs marchés et certains produits », estime M. Fortin.
L’AQIP a ainsi lancé un chantier de modernisation des usines, jugé nécessaire après un constat sévère. « On est 10 ans en retard sur nos compétiteurs en matière de robotisation, d’automatisation, d’intelligence artificielle », observe Serge Fortin.
Un volet de démarchage international s’y ajoute, avec la promotion des produits québécois dans les salons et missions économiques à l’étranger. « Pour signer un contrat, on ne débarque pas avec deux homards dans une valise au Portugal pour ensuite se serrer la main. Il faut développer un lien de confiance. Ça peut prendre un an avant de signer un premier contrat. »
La vigilance reste de mise
Malgré la bonne nouvelle, l’AQIP garde les yeux ouverts sur la suite des négociations commerciales. Selon M. Fortin, le pire scénario serait « que les États-Unis annoncent une surtaxe indécente, genre de 25 ou 50 %, sur les produits vivants et transformés de la mer québécois », ce qui équivaudrait à une fermeture de la frontière.
Des discussions sont déjà amorcées avec Québec pour préparer une réponse si la situation devait se détériorer. « En coulisses, on se prépare pour la guerre, mais on ne souhaite pas aller là », conclut-il, rappelant que l’industrie de la pêche demeure vitale pour les régions maritimes du Québec.
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