En attente de son statut d’Autochtone depuis 32 ans

Par Jean-Philippe Thibault 4:58 PM - 26 août 2026
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Le député bloquiste Alexis Deschênes exhorte Ottawa d'accélérer le processus dans la remise - ou non - des statuts de Première Nation pour les Mi'gmaq de Gespeg. Photo Jean-Philippe Thibault

Accompagné d’une quinzaine de citoyens du Grand Gaspé toujours en attente d’une réponse pour être enregistrés en bonne et due forme comme membre de la Première Nation mi’gmaq de Gespeg, en vertu de la Loi sur les Indiens, Alexis Deschênes a dénoncé mercredi la lenteur du ministère du Services aux Autochtones à leur répondre.

Les dossiers du genre se sont accumulés sur son bureau depuis son élection à titre de député fédéral dans Gaspésie-Les Îles-de-la-Madeleine-Listuguj. Pas moins de 36 personnes actuellement en attente l’ont contacté pour tenter de faire débloquer les choses. Ceux-ci attendent en moyenne depuis deux ans.

C’est le cas de Jean-Marc Thibeault, par exemple. Son frère, lui, a pourtant été reconnu comme Autochtone en octobre 2024. « En novembre de cette année-là, on m’a dit que la carte était dans la poste et que j’allais l’avoir dans deux ou trois jours. Ça fait 20 mois maintenant », laisse-t-il tomber pantois, lui qui a envoyé près de 200 pages de documentation pour appuyer sa demande.

« Si je suis reconnu comme Mi’gmaq, donnez-moi ma carte, mais si je ne le suis pas, pas de problème, dites-moi non et on va oublier ça. Ce qu’on attend, c’est une réponse; qu’ils finissent leur enquête. »

Sa nièce, Léa Thibeault, qui partage les mêmes grands-parents, est dans le même bateau et s’en désole. D’autant plus que depuis la démarche initiale lancée en octobre 2024, trois des membres de sa famille sont décédés, sans jamais avoir eu de réponse à leur demande de statut.

« J’en ai d’autres qui ont des problèmes de santé et qui aimeraient une réponse de leur vivant. Il faut que ça bouge et c’est pour ça qu’on est ici aujourd’hui. C’est plus que l’obtention d’une carte : c’est notre identité, notre culture, nos racines pour notre famille et des générations à venir. On ne veut pas des privilèges; on veut une réponse claire, précise et rapide. »

À noter que le statut des Premières Nations en vertu de la Loi sur les Indiens permet aux individus d’accéder à certains services sociaux et avantages fiscaux. Les individus dont des membres de la famille proche détiennent ce statut peuvent cependant eux-mêmes ne pas y être admissibles, selon les règles actuelles.

Jean-Marc Thibeault attend depuis près de deux ans une réponse à sa demande. Photo Jean-Philippe Thibault

Accélérer le processus

Pis encore, Denise Jacques, maintenant installée à Bois-des-Filion, elle, attend depuis 32 ans. Elle a fait sa première demande en 1994 et est aujourd’hui âgée de 86 ans.

« Depuis ma première demande, j’ai dû recommencer à zéro trois fois. J’ai envoyé tous les documents de preuve de mes ancêtres. Aujourd’hui, je suis toujours dans l’espoir d’obtenir cette reconnaissance d’identité, laquelle je serais fière de transmettre l’héritage de mes ancêtres à mes petits-enfants. »

Pour sa part, Alexis Deschênes demande au ministère de Services aux Autochtones de déployer les moyens nécessaires pour terminer leur travail.

« C’est une situation intenable. Quand l’État se traîne les pieds, il y a des conséquences humaines. Que ce soit positif ou négatif, l’État se doit de répondre. On demande d’accélérer la cadence pour permettre aux gens qui sont ici d’avoir une réponse pour sortir de l’incertitude. »

L’élu a adressé en mai une lettre à l’intention de son homologue, la ministre Mandy Gull-Masty. Le bureau du registraire des Indiens lui a répondu en août.

« On nous explique qu’il y a un examen à faire auprès d’un ancêtre commun qui est connexe et qui pourrait avoir un lien. D’accord, mais on sent qu’il y a une lenteur administrative. On ne parle pas de faire un barrage hydroélectrique, mais d’une recherche généalogique. C’est assez kafkaïen. C’est n’est pas digne d’un pays du G7 », conclut Alexis Deschênes.

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