Le projet de lien maritime est toujours en vie

Par Nelson Sergerie 11:05 AM - 21 août 2026 Initiative de journalisme local
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Le maire de Gaspé, Daniel Côté. Photo Jean-Philippe Thibault

Avec la collaboration de Jean-Philippe Thibault – La décision des élus d’Anticosti de ne pas s’impliquer dans la traverse entre les deux rives et l’île ne freine pas le projet de lien maritime. Du moins pas pour les acteurs de La Minganie et de la Gaspésie.

« Le projet doit continuer d’avancer. C’est la position officielle prise entre Havre-Saint-Pierre, la Minganie et chez nous. Le but initial a toujours été de relier les deux rives pour créer une nouvelle boucle touristique dans l’Est-du-Québec. Le but central demeure », évoque le maire de Gaspé, Daniel Côté, qui était sur place pour assister à la consultation publique à Anticosti, en août.

Le produit d’appel que représentait Anticosti avec son inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et le désenclavement des lieux étaient des arguments importants du projet, concède l’élu.

« Ça change le plan de match. On ne se mettra pas la tête dans le sable. En revanche, les études faites devront être mises à jour. Faire une boucle touristique demeure. Par contre, si des gens qui avaient répondu voulaient aller exclusivement à Anticosti, c’est ce qui doit être mis à jour. »

Implication du provincial?

Québec pourrait avoir son mot à dire dans le dossier, croit Daniel Côté. « Les 200 habitants d’Anticosti ont un mot à dire sur leur territoire, mais il y a aussi le territoire public auquel ont accès les Anticostiens. Est-ce que le gouvernement aura un mot à dire via la Sépaq qui gère la moitié de l’île? On a le point de vue d’une quarantaine d’Anticostiens dont une quinzaine se sont exprimés dans une consultation. On a le point de vue officiel de la municipalité qui est arrivé le 19 août. Les deux rives ont l’intention de poursuivre le projet. »

L’élu rappelle d’ailleurs que la municipalité de L’Île-d’Anticosti s’était toujours montrée ouverte au projet auparavant.

« La position finale manifestée par la mairesse est tout le contraire à ce qu’elle a manifesté depuis les cinq dernières années. La volonté populaire semble avoir eu le dessus sur le positionnement historique. Ça fait 12 ans qu’on a le même positionnement; même que la municipalité a financé une partie des études. Je peux comprendre le positionnement de certains citoyens, mais je tente maintenant de comprendre le positionnement de la municipalité. Si on pense à l’avenir, peut-être qu’Anticosti aura passé à côté d’une belle occasion de démocratiser l’accès à l’île et d’apporter davantage d’échanges économiques avec le continent. C’est leur décision. Je vais la respecter. »

Le fait de ne plus arrêter à l’île permettrait au traversier de gagner six heures entre les deux rives. Des travaux importants étaient à réaliser à Anticosti. Havre-Saint-Pierre était mieux pourvu alors que Rivière-au-Renard, conçu pour recevoir un traversier, a besoin d’une mise à niveau. Ce retrait n’aura pas d’impact sur l’échéancier, étant toujours à l’étape d’avant-projet, n’ayant pas à la base d’opérateur de bateau.

« L’enjeu qu’il y a est de savoir comment positionner le projet durant la campagne électorale cet automne. Ce serait bien d’avoir une mise à jour ou au moins quelques chiffres des études pour avoir un positionnement des partis politiques, autant dans les comtés de Gaspé que de Duplessis », évoque le premier magistrat.

Oreille attentive

Depuis le début des discussions en 2014, Daniel Côté a toujours senti un appui politique, que ce soit avec les gouvernements péquiste, libéral et caquiste. Les ministres des Transports et du Tourisme ont aussi montré une ouverture.

« Est-ce qu’ils mettaient l’épaule à la roue ? Non. Ils nous demandaient des études plus concluantes ou des compléments d’études. Il n’y a jamais eu de fermeture », explique Daniel Côté, alors qu’il y a eu entre-temps quatre maires à Anticosti et cinq maires à Havre-Saint-Pierre.

« Tant que le projet ne sera pas réalisé, il y aura un appétit », croit-il. Les promoteurs estimaient en janvier que le lien maritime pourrait générer 39 millions de dollars en retombées économiques.

Le déficit annuel moyen anticipé de la navette était de 6,7 millions pour les cinq premières années d’opération, mais les revenus fiscaux et parafiscaux pour Québec dépasseraient 12,5 millions.

La dépense touristique supplémentaire liée à la traverse seraient de 11,4 millions pour Québec. Au total, 537 emplois seraient soutenus annuellement dans l’économie québécoise avec l’implantation de ce lien maritime.

Selon les calculs, 39 200 passagers pourraient monter à bord du navire. Ce sont ces chiffres qui doivent être revus à la lumière du retrait d’Anticosti.

En 2015, les maires Berchmans Boudreau (Havre-Saint-Pierre), Jean-François Boudreault (L’Île-d’Anticosti) et Daniel Côté (Gaspé) plaidaient pour ce lien maritime lors d’une conférence de presse à Rivière-au-Renard. Photo Jean-Philippe Thibault

Un long historique

Si le conseil municipal de L’Île-d’Anticosti est aujourd’hui réfractaire à être un port d’escale dans le projet de navette entre les deux rives, de Rivière-au-Renard vers Havre-Saint-Pierre, il n’en a pas toujours été ainsi.

En 2015, le maire de l’époque, Jean-François Boudreault, s’était montré favorable au projet. Assez pour faire la route jusqu’à Rivière-au-Renard pour présenter les grandes lignes d’une étude de la firme Lemay+DAA qui montrait la viabilité du lien maritime.

« La réalité c’est que chez nous on n’est pas tellement accessibles. Ce lien maritime est vraiment un outil de développement économique, touristique et social », expliquait-il alors. Il expliquait aussi que le projet avait le potentiel de démocratiser l’île. L’homme a cependant démissionné quelques mois plus tard.

En février 2020, le gouvernement du Québec avait toutefois coupé court au processus. Une étude de la Société des traversiers du Québec jugeait que « cette solution d’un lien maritime s’avérerait très coûteuse et non optimale ».

Les différents élus n’ont toutefois pas jeté la serviette par la suite. La pandémie est venue retarder les choses, mais l’inscription d’Anticosti sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO a donné un second souffle au projet, piloté par le Port de Havre-Saint-Pierre.

Beaucoup plus tôt, en mars 2003, un nouveau lien maritime avait a été promis par Pauline Marois, alors ministre des Finances. Une somme de 24 millions de dollars avait été budgétée.

Celle-ci aurait servi à améliorer les infrastructures d’accueil aux touristes à Anticosti ainsi que pour les ports de Havre-Saint-Pierre, Port-Menier et Grande-Vallée, cette dernière devant à l’époque accueillir le traversier. L’argent aurait aussi servi à promouvoir le traversier et à acheter le navire. Le PQ a toutefois été battu le mois suivant.

Au milieu des années 1990, le Nordik Passeur a assuré la liaison entre Rivière-au-Renard, Anticosti et Havre-Saint-Pierre.

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