Le départ d’un pilier de l’info

Par Jean-Philippe Thibault , Jean-Philippe Thibault 9:28 AM - 17 août 2026
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Bruno Lelièvre lors de sa dernière journée en ondes à Radio-Canada, le vendredi 14 août à Gaspé. Photo Jean-François Deschênes - Radio-Canada

Avec sa voix chaleureuse et son rire contagieux, le journaliste Bruno Lelièvre a marqué toute une génération d’auditeurs et de téléspectateurs sur les ondes de Radio-Canada.

Comme toute bonne chose a une fin, ce ténor de l’information a accroché son micro ce vendredi 14 août, à 12 h 08 précisément, au moment de livrer son dernier bulletin de nouvelles régionales.

« Tu ne passes pas autant d’années comme ça sans avoir un petit pincement », concède le vétéran, quelques heures avant le moment tant attendu.

« Je mentirais si je disais que je n’y pense pas, mais j’ai une facilité de décrocher assez rapidement. C’est important d’ailleurs. Il faut savoir se pardonner. Il ne faut pas recommencer les mêmes erreurs évidemment, mais il faut être capable de passer à autre chose, sinon on n’en sortira jamais », lance-t-il à l’intention des journalistes de la relève.

Homme de terrain

Celui qui est arrivé dans la boîte radio-canadienne en 1998, à 32 ans, a porté son baluchon un peu partout dans la région – Rimouski, Matane, Carleton-sur-Mer, Sept-Îles, Québec – avant de poser définitivement ses valises pour Radio-Canada à Gaspé en 2006.

Auparavant, il a notamment remplacé Raynald Blais à la radio CHNC de New Carlisle, en plus d’écrire dans les journaux locaux Le Pharillon, Le Havre et le Transgaspésien et d’œuvrer un temps à Radio-Gaspésie.

Mais ce qu’il a toujours apprécié davantage, c’est le reportage. « D’avoir le temps de scénariser, d’aller chercher du bruit et surtout de faire parler les gens, c’est ce que j’ai préféré. Le summum, c’est quand tu as ton sujet, quelqu’un qui est pour, un autre contre et un citoyen dans le milieu qui est impacté par ça. Ce n’est pas toujours possible, mais quand tu peux illustrer tout ça dans un reportage de deux minutes, c’est ce qui m’intéressait le plus. »

Pour sa dernière matinale vendredi, Bruno Lelièvre a reçu la visite surprise de la première cheffe de l’information et de la programmation Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Isabelle Lévesque.
Isabelle Lévesque Photo Jean-François Deschênes – Radio-Canada

Des histoires à la tonne

On ne travaille pas autant d’années dans les médias sans récolter au passage des histoires parfois touchantes, parfois rocambolesques.

Invité à en partager deux, il se rappelle celle bouleversante d’une adolescente de 17 ans à Chandler, peu avant Noël, qui s’est fait happer mortellement par un membre de sa famille qui conduisait son véhicule en état d’ébriété.

« On se fait confirmer l’info par la SQ et, délicatement, on va dans le village pour prendre des images de la scène, mais, dans ma tête, il était hors de question que j’aille frapper à la porte pour quémander une entrevue à la famille. Par contre, je voulais quand même l’aviser qu’on était là pour prendre des images de la scène, peut-être de la maison et voir s’ils avaient des objections. Finalement, la mère de la jeune fille qui me répond à la porte me reconnait et me fait entrer dans la maison, me montre une photo de sa fille et me demande si je peux lancer le message de ne pas conduire en état d’ébriété.

« Elle m’a ouvert sa porte à une entrevue que je n’ai pas sollicitée. On peut comprendre le contexte avant Noël. Ç’a fait le national, mais ce n’était pas du tout ma démarche. Tout ça pour dire qu’en région, ça ne vaut pas la peine de frapper du coude et de forcer les gens quand tout le monde se connaît. Un moment donné, les gens vont te faire confiance et vont vouloir te parler. »

L’autre histoire, plusieurs s’en rappelleront peut-être. Elle implique le maire de Grande-Rivière de l’époque, Romuald Boutin, et l’ex-joueur du Canadien, Alexei Kovalev, qui était dans le coin pour rencontrer une tierce personne.

Le maire était propriétaire d’une Harley-Davidson et le hockeyeur, un grand passionné de grosse cylindrée. « Il lui demande de faire un tour alors Romuald accepte tout bonnement, mais Kovalev fait une mauvaise manœuvre, frappe la galerie du maire et brise la moto. Il ne se fait pas mal, mais on était au début du camp d’entrainement et il n’était pas supposé de conduire une moto… »

Ce qui devait arriver arriva. « Le maire me donne une entrevue et je fais un reportage somme toute banal, d’à peu près 1 minute 15… Ç’a été incroyable ensuite, surtout à Montréal. La Presse, TVA, l’émission 110 % à TQS, Le Journal de Québec : on ne parlait que de ça ! Ça s’est mis à rouler en boucle. Il me semble que j’avais des affaires hautement plus d’intérêt public qui n’ont jamais roulé autant. Ça, c’était quelque chose », se remémore-t-il en riant.

Pour ceux qui se questionnent, le nouveau retraité n’a pas de plan défini pour le moment autre que de profiter du bon temps, entre un peu de plongée sous-marine, le ski et les joies d’être grand-père. S’il n’exclut pas un retour partiel un jour ou l’autre comme pigiste, il a tout de même un dernier conseil pour la relève.

« Allez faire du terrain, allez faire de la radio communautaire. D’une part parce que c’est bon, mais il faut se pratiquer et se pratiquer. Il faut surtout respecter les gens et être à l’écoute. Tu n’essaies pas de créer une pression pour obtenir un clip. Tu écoutes les gens et ça va se faire naturellement. »

Sur ces sages paroles, bonne retraite !

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