Il y a 50 ans

Il y a 50 ans : décès de 12 personnes en mer à Percé

Par Jean-Philippe Thibault 10:34 AM - 16 août 2026
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La une de La Presse le 18 août 1976. Photo archives La Presse

Le 16 août 1976, une tragédie frappait le village de Percé alors que 12 personnes – dont plusieurs jeunes touristes français – perdaient la vie face à une mer particulièrement agitée.

La nouvelle avait fait les manchettes des différents journaux nationaux de l’époque et créé un vif émoi dans la région. « Plusieurs touristes ont annulé leur projet de faire un tour en mer tandis que de nombreux pêcheurs qui organisent des excursions craignent les effets néfastes de la publicité entourant cette affaire », soulignait le journal La Voix de l’est dans son numéro du 20 août 1976.

Venus de loin

Dans les faits, l’histoire s’articule autour de 15 jeunes provenant de différentes régions de la France venus visiter le Québec et la Gaspésie. Après plusieurs jours de mauvais temps et avant de reprendre la route vers l’ouest, certains d’entre eux veulent faire le tour de l’île Bonaventure, une excursion encore réputée aujourd’hui, mais dangereuse par temps inhospitalier.

Huit filles et un garçon – tous âgés entre 19 et 21 ans – s’entassent donc dans une chaloupe de 14 pieds, réussissant à convaincre leur guide Gilles Poirier et les pêcheurs locaux René Méthot et Charles-Eugène Langlois. Les autres membres du groupe décident de rester à terre et d’attendre patiemment pour assister au spectacle de Pauline Julien qui avait lieu en soirée.

« Ils voulaient absolument aller faire un tour à l’île parce qu’ils n’avaient encore jamais pu s’y rendre avant, se rappelle l’historien Jean-Marie Fallu. Ils avaient un guide de Joliette qui ne connaissait pas du tout le coin. À cette époque, les gens aimaient beaucoup aller faire des expéditions avec des vrais pêcheurs. C’est un peu ce qui est arrivé cette journée-là et un des deux gars de Percé est arrivé avec une caisse de bière et une canne à pêche. Ils étaient vraiment téméraires ; insouciants du danger. »

La une du Devoir le 19 août 1976. Photo archives Le Devoir

Eaux troubles

En cette journée du 16 août, aucun autre marin ne prendra la mer. Les vagues causées par des vents violents sont estimées entre 10 et 12 pieds de hauteur.

Les participants à l’expédition avaient du mal à tous tenir dans l’embarcation et même à garder l’équilibre, racontera après coup une touriste montréalaise témoin de leur départ. Aucun ne portait de gilet de sauvetage. Ils sont au final 12 dans la barque, alors que « cette chaloupe avait une capacité, par beau temps, de six passagers », selon ce qu’en dira plus tard un expert en reconstitution qui devra se pencher sur cette histoire.

« C’était à l’époque où à Percé c’était un peu le free for all. Tout le monde faisait ce qu’il voulait bien. On n’en voulait pas des règles », ajoute Jean-Marie Fallu, qui a lancé récemment le tome 2 de La fascinante histoire de Percé, dont quelques pages sont consacrées à cet épisode.

Triste fin

Malheureusement, ce qui devait arriver arriva. La chaloupe n’est retrouvée que le lendemain, le 17 août 1976. Tous ont été emportés par la mer et seuls deux corps sont retrouvés le 18 août à Cap-d’Espoir et un mois plus tard, le 18 septembre, à l’Île-du-Prince-Édouard.

René Méthot, responsable de la sortie, n’avait pas de permis pour une telle excursion. De leur côté, Les Bateliers de Percé, organisme alors présidé par Louis Brochet, demandent aux ministres des Transports fédéral et québécois d’instituer de toute urgence une enquête publique sur les entreprises touristiques de transport de passagers par bateaux de la région, dans le but d’établir les causes et les circonstances de la tragédie.

« Le temps est le seul grand responsable », déclarera quelques jours plus tard à l’Agence France-Presse l’un des compagnons des touristes disparus restés sur la terre ferme. Le coroner Stanislas Déry, responsable du dossier, émettra quelques bémols à cet énoncé lors du dépôt de son rapport en janvier 1977, précisant que les règles n’ont pas été respectées. Le mauvais temps, certes, a été l’une des causes de la tragédie, mais également la surcharge dans l’embarcation et l’absence de vestes de flottaison.

« Nous ne voyons pas pourquoi, quand 125 000 personnes se présentent au quai de Percé en une seule saison, on ne trouverait pas moyen de maintenir en place le personnel approprié pour assurer l’observance de la loi et des règlements », écrit le coroner dans son rapport de 15 pages, soulignant que les ministères fédéral et provincial des Transports doivent faire leur travail.

« Les lois et les règlements adoptés pour la protection du public ne sont rien d’autre que des vœux pieux dont on ne tient aucun compte », ajoute le coroner.

La une du Soleil le 18 août 1976. Photo archives Le Soleil

Jusqu’à Québec

Le député de Gaspé de l’époque, Michel le Moignan, de l’Union nationale, a amené le sujet à l’Assemblée nationale, questionnant le parti de René Lévesque. L’été suivant, trois membres d’une unité d’urgence seront affectés à la surveillance.

« Les officiers de la Sûreté du Québec, le groupe qui est installé, essaient de centupler leurs démarches afin que les normes de sécurité minimales soient assurées », indiquera en chambre le péquiste ministre de la Justice, Marc-André Bédard, sous fond de querelle entre le fédéral et le provincial.

La réputation des Bateliers de Percé, elle, ne sera pas entachée, le coroner prenant le soin d’écrire que les marins « disposent de navires dont la tenue et l’opération seraient irréprochables ».

Les règles de navigation seront tout de même ajustées après ce tragique événement. « Ce sera très surveillé ensuite parce que ç’a fait la manchette autant au Canada qu’en France, conclut l’historien Jean-Marie Fallu. Ç’a pris cette tragédie pour resserrer les normes en termes de navigation. C’est probablement suite à ça qu’on a exigé que les excursions se fassent davantage avec les Bateliers. »

L’insouciance de certains excursionnistes aura donc été emportée en même temps que ces 12 malheureux défunts.

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