Il y a des étés dont on se souvient malgré nous. Sur les rochers de Marsoui, là où le ressac des vagues se mêle à la brise saline, le matin du 17 juillet a suffi pour changer à jamais le destin de deux touristes. Deux hommes venus de Montréal, deux inconnus l’un pour l’autre, y ont vécu leurs derniers instants. Quelques semaines plus tard, le fleuve continue de couler dans l’indifférence, pendant que les familles, elles, portent le poids de ce qui reste sans réponse.
On ne saura jamais tout à fait ce qui s’est passé dans les secondes qui ont précédé la chute de Pepito Jr Labador. Un pied qui glisse sur la roche humide, un instant de déséquilibre et le fleuve qui referme déjà ses eaux froides autour de lui. Ce que l’on sait, en revanche, c’est ce qui s’est passé juste après.
Dobel Retuta, qui pêchait non loin, ne le connaissait pas. Rien ne l’obligeait à bouger. Il s’est pourtant élancé vers lui, sans hésiter, avec cette générosité brute qu’on ne retrouve que dans les instants où plus rien d’autre ne compte que la vie d’un autre. Le courant l’a happé à son tour. Son corps a été retrouvé le jour même. Au moment d’écrire ces lignes, celui de M. Labador n’a jamais été rendu à sa famille, malgré six jours de recherches acharnées dans l’eau et le long de la côte.
Les recherches cèdent le pas au silence
Les pompiers, la Garde côtière, les bénévoles venus prêter main-forte, tout ce monde a fini par quitter ce secteur de Marsoui. Non pas par manque de volonté, mais parce que le fleuve ne rend pas toujours ce qu’il a pris.
La Sûreté du Québec n’a pas fermé le dossier pour autant. En retrait, des enquêteurs continuent d’examiner chaque appel, chaque indice transmis par des citoyens qui auraient marché ou navigué dans le secteur. Ce travail discret, loin des projecteurs, est peut-être la dernière forme d’espoir qui reste à la famille de M. Labador : celui qu’un jour, sa dépouille puisse enfin être ramenée chez lui. Toute personne détenant une information peut encore la transmettre, en toute confidentialité, à la Centrale de l’information criminelle au 1 800 659-4264.
Les rochers, toujours là
En retournant sur les lieux, ce qui frappe, c’est de voir la vie continuer comme si de rien n’était. Lors de la visite du journal, ces derniers jours, des pêcheurs étaient là, debout sur ces mêmes récifs où deux vies se sont éteintes, les lignes tendues vers le large, absorbés par leur pêche.
Ce n’est peut-être pas de l’inconscience, c’est probablement parce qu’on oublie trop vite.
Pour que personne d’autre ne parte
Peut-être que la meilleure façon d’honorer ce qui s’est passé à Marsoui n’est pas seulement de se souvenir, mais de changer doucement nos habitudes. Les quais de Sainte-Anne-des-Monts et de Matane offrent une prise ferme, une hauteur rassurante, parfois même un garde-corps entre soi et l’eau. Les plages de Haldimand et de Boom Defense à Gaspé ou encore celle de Carleton-sur-Mer permettent de sentir le sable sous ses bottes, plutôt que la roche glissante sous ses pieds, loin des marées sournoises qui peuvent nous surprendre.
À la mémoire de Pepito Jr Labador et de Dobel Retuta, qui pêchaient là ce matin du 17 juillet, ainsi que dans le geste altruiste de ce dernier tendant la main vers un homme qu’il ne connaissait pas, il y a quelque chose qui mérite que l’on se souvienne. Espérons que le temps, tout comme le courant ce matin-là, n’efface peu à peu le souvenir de ce drame.
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