Le 1er août 1976, des millions de téléspectateurs de par le monde visionnaient la cérémonie de clôture des Jeux olympiques, en direct de Montréal.
Quelques jours plus tôt, le 24 juillet, des milliers de Gaspésiens (et accessoirement des centaines de milliers de Québécois) avaient les yeux rivés sur leur téléviseur pour admirer les prouesses de leur héros local, Camille Huard, premier homme de la région à participer à cette grand-messe.
À peu près tout a été dit et écrit sur ce combat olympique, perdu par décision partagée, mais dont plusieurs jugeaient gagné par l’homme de Saint-François-de-Pabos. Mais avant tout, il s’agit surtout d’une histoire d’amour fraternel et de complicité.

Une fratrie soudée
Camille Huard est le 9e enfant d’une famille de 11. Des sept frères du groupe, six ont fait de la boxe à un moment ou l’autre, que ce soit à partir du ring construit en arrière de la grange familiale ou dans le sous-sol de leur grand frère, Jean-Marie, qui a été boxeur professionnel à Montréal et qui est revenu au bercail dès 1971 pour entraîner localement les jeunes pugilistes de Saint-François. Ce sport est apparu de manière un peu fortuite dans la famille et les environs.
« La Gaspesia voulait attirer des gens et garder ses employés. Elle demandait des entraîneurs de sport, explique Jean-Yves Huard, le benjamin de la famille, lors d’une conférence donnée au Musée de la Gaspésie en avril. Un Methot de Montréal est arrivé dans les années 1950 et la première génération de boxeurs a commencé comme ça. La deuxième, c’était celle de mon frère Jean-Marie, et la troisième, celle de Camille. »
Ce dernier monte graduellement les échelons. Il remporte notamment en 1970 le Championnat de boxe amateur de l’Est-du-Québec à Rivière-du-Loup. « Son style était simple. Il avait une seule vitesse : j’avance ! Il n’avait jamais de reculons. Il a toujours eu un caractère fougueux. Il boxait comme son idole, Joe Frazier. Il était reconnu comme un cogneur », analyse son frère Jean-Yves.
Il gagne ensuite le Championnat du Québec en 1972, mais perd en finale celui de l’Est-du-Canada par décision partagée.
« Je pense que c’est à ce moment qu’il s’est dit que les Olympiques étaient à sa portée. À partir de 1973, c’était devenu son rêve et rien ne pouvait le limiter », précise le benjamin, qui a pu retracer la chronologie des événements et s’immiscer dans les pensées de son frère grâce à ses carnets de bord qu’il a conservés minutieusement.
S’en sont suivi de longues pérégrinations où les kilomètres de route se font engloutir par milliers. Cette même année seulement, en 1973, alors sur l’équipe du Canada, Camille Huard visite la France, les États-Unis et l’Allemagne.
En 1974, il remporte le championnat canadien dans la catégorie des poids plumes. Rebelote l’année suivante, ce qui lui permet de faire partie de l’équipe olympique. Ce n’est qu’à ce moment qu’il accepte de quitter la Gaspésie et de se rendre à Montréal pour s’entraîner, avec son frère Jean-Marie. Le reste fait partie de l’histoire.
À tout jamais dans l’histoire
Aux Jeux olympiques de Montréal, après le désistement d’un boxeur africain à son premier combat, Camille Huard a dû affronter le Polonais Leszek Kosedowski, futur médaillé de bronze des poids plumes.
Le résultat n’a pas été celui escompté, mais, 50 ans plus tard, il laisse des traces indélébiles de son passage à tous ceux qui l’ont vu en personne ou à la télévision.
« Réaliser son rêve, ce n’est pas toujours facile, laisse tomber son petit frère. Mais il était arrivé à son rêve, peu importe les résultats. Tu peux gagner, tu peux perdre, mais il l’avait accompli. Il était là… un petit gars de Saint-François ! »
Le principal intéressé, affligé par l’Alzheimer, était sur place en avril au Musée de la Gaspésie et s’est mérité plusieurs salves d’applaudissements bien méritées de la part du public. Camille Huard fera pour toujours partie de l’histoire.
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