Le Bloc veut rapatrier les artéfacts de Forillon

Par Jean-Philippe Thibault 4:24 PM - 3 août 2026
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Hermeline Smith, Yves-François Blanchet, Lynn-Ann Smith et Alexis Deschênes cet après-midi lors d'un point de presse à la gare intermodale de Gaspé. Photo Jean-Philippe Thibault

Yves-François Blanchet demande au gouvernement fédéral de changer son fusil d’épaule et de rapatrier les artéfacts des expropriés de Forillon actuellement préservés dans un entrepôt de Québec vers Gaspé plutôt que vers Gatineau, comme prévu pour cet automne.

« Des années après le drame, c’est une opportunité de mettre un peu de baume sur une cicatrice qui reste béante. Il faut éviter que les objets associés à leur enfance ; leur héritage familial ne soit envoyé dans un immense entrepôt sans âme. »

Le chef du Bloc québécois est actuellement en Gaspésie dans le cadre de sa tournée estivale annuelle – une habitude prise il y a plusieurs années déjà – et a procédé à une sortie publique à la gare intermodale de Gaspé en compagnie de deux membres du Regroupement des personnes expropriées de Forillon et leur descendance, la présidente Hermeline Smith et sa sœur Lynn-Ann.

Cette dernière a été expropriée de Grande-Grave à l’âge de 9 ans. Ce n’est qu’en 2012 qu’elle et les descendants des quelque 225 familles expropriés en 1970 pour créer le parc national Forillon ont appris l’existence de ces artéfacts.

« Ç’a été un autre affront à notre histoire. On a trouvé ça très difficile. Quand on a su que ça existait en 2012, ç’a été vraiment une claque dans face », rappelle Hermeline Smith.

La collection historique de Forillon compte environ 12 500 objets, dont 4100 liés à l’expropriation de familles déplacées. « Ça représente quelque chose de précieux, renchérit sa sœur Lynn-Ann. C’est le savoir-faire des gens, comme des jouets fabriqués à la main, des ensembles de baptêmes ou des diplômes […] Quand on a su que ça existait, ç’a été très émotif, d’autant plus que des églises, des écoles et des maisons ont été brûlées. »

L’un des artéfacts de Forillon entreposés à Québec. Photo Jean-Philippe Thibault

Panser les blessures

Tant le Bloc québécois que le Regroupement demandent à Ottawa de débloquer les fonds nécessaires au rapatriement des artéfacts et à l’établissement à Gaspé d’un lieu d’entreposage et de commémoration de l’expropriation. Idéalement à l’extérieur du parc national Forillon, pour ceux dont l’idée seule d’y remettre les pieds demeure intenable.

En 2022, après avoir flirté avec l’idée d’agrandir le Musée de la Gaspésie pour un tel projet, l’organisation avait finalement confirmé que la démarche n’était pas soutenable avec leur budget.

« Le gouvernement fédéral doit débloquer les millions de dollars nécessaires pour rapatrier à Gaspé les artéfacts et établir un lieu pour les conserver et les mettre en valeur, lance le député bloquiste pour la Gaspésie, Alexis Deschênes. C’est une question de justice, de respect de la dignité des expropriés et leur famille ainsi qu’un devoir de mémoire. Je vais porter leurs revendications et marteler cette demande jusqu’à ce qu’il y ait un engagement politique et une écoute. »

« L’idée n’est pas d’éloigner les objets, mais au contraire de les rapprocher, ajoute Yves-François Blanchet. C’est épouvantable ce qui a été fait. Est-ce qu’on peut réduire l’impact de ce drame-là ? Ils [le fédéral] mettent beaucoup plus d’argent dans des affaires pas mal plus nounounes que ça. »

Le nouveau Centre des collections et conservation de Parcs Canada rassemblera plus de 25 millions d’objets, dont certains provenant du parc national Forillon. Lynn-Ann Smith rappelle donc l’urgence d’agir, avant un rapatriement annoncé cet automne vers Gatineau.

« Après ça, ça va être terminé. On va y avoir accès par voie numérique. Ce n’est pas du tout pareil : c’est comme regarder les peintures du Louvre sur un ordinateur. On veut absolument les rapatrier pour que les expropriés aient un soulagement et puissent mieux expliquer leur vécu à leurs descendants. »

« Le Regroupement pense que, si le Musée de la Gaspésie est encore intéressé et que les fonds suivent, ça reste une bonne idée. C’est certain qu’on a un travail à faire là-dessus », conclut la présidente Hermeline Smith.

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