Plus qu’une station-service à Percé

Par Nelson Sergerie 12:32 PM - 23 juillet 2026 Initiative de journalisme local
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Henri Collin dépannant un automobiliste n'ayant plus assez d'essence pour se rendre à la prochaine station-service, à environ 30 km plus loin. Photo Jean-Philippe Thibault

Avec la collaboration de Jean-Philippe Thibault – La fin de la vente d’essence à la station-service de Barachois amène un désert sur une distance de quelque 60 km entre Cap-d’Espoir et Douglastown, une situation qui préoccupe les citoyens de ce secteur de Percé.

Le site de Barachois est en vente depuis cinq mois alors que son propriétaire, Henri Collin, souhaite prendre sa retraite. Le dépanneur FLK Collin, sous la bannière Gaz-O-Bar, reste quant à lui ouvert jusqu’au 31 juillet, où il fermera définitivement. Pour le principal intéressé, il est inconcevable que le village puisse éventuellement ne plus offrir d’essence.

Lors du passage du Pharillon, en quelques minutes à peine, au moins cinq automobilistes se sont arrêtés pour faire le plein, en vain. Ayant bon cœur et ses réservoirs n’étant pas tout à fait vides, Henri Collin a tout de même dépanné l’un d’eux, pris au dépourvu, qui n’avait plus assez d’essence pour se rendre à la prochaine station-service.

Celle la plus près à l’ouest est à Cap-d’Espoir, qui se trouve à 33 km de Barachois alors que l’essencerie de Douglastown, à l’est, est située à une distance entre 26 et 31 km, selon le chemin emprunté. Une soixantaine de km séparent donc ces deux points de service, créant un vide tant pour les touristes que les locaux.

« Il n’y a plus grand-chose à Barachois et ça serait vraiment triste si ça devait fermer, analyse Henri Collin. Ça fait partie d’une communauté vivante et ça fonctionne encore très bien, mais il faut y mettre du temps. » Celui-ci opère en continu l’endroit depuis 1990, sauf pendant une brève interruption de quatre ans. Le commerce est actuellement ouvert de 6 h à 17 h (21 h autrefois), et il inclut un loyer attenant à l’arrière avec vue sur le barachois. Les réservoirs pour les trois pompes à essence seront en bon état pour encore au moins 10 ans, selon le propriétaire.

Le dépanneur FLK Collin de Barachois fermera définitivement ses portes au 31 juillet. Photo Jean-Philippe Thibault

Pas de municipalisation

Interpelée par Le Pharillon sur cet enjeu, la Ville de Percé confirme qu’elle n’exploitera pas de station-service. Le maire, Daniel Leboeuf, rappelle qu’à son arrivée à Percé au début des années 2000, il y en avait cinq ou six.

« À la fin des années 1980 et 1990, les nouvelles règles environnementales sont entrées en fonction et l’entretien des infrastructures et la décontamination du sol imposent des obligations monétaires aux propriétaires. On y repense à deux fois avant d’investir des centaines de milliers de dollars pour remplacer les réservoirs et l’appareillage dans un marché domestique qui diminue », analyse-t-il, lui qui croit qu’il serait difficile de rentabiliser une telle installation.

De mal en pis

La majeure partie de la période touristique ne dure que trois ou quatre mois à Percé, l’achalandage chutant considérablement le reste de l’année. Environ 500 000 touristes convergent vers la capitale touristique chaque année. La Ville avait d’ailleurs lancé une réflexion en 2021 après la fermeture de la station-service au cœur du village, qui vivotait depuis plusieurs années déjà en fermant l’hiver, mais dont le glas a finalement sonné.

« La Société de développement économique de Percé avait approché plusieurs chaînes de distribution – Harnois, Ultramar, Petro-Canada – pour exploiter une station-service autonome. Aucun de ces intervenants n’a trouvé une justification économique suffisante pour se lancer dans cette aventure. Est-ce qu’à Barachois, ce serait différent ? Il faudrait les relancer, mais je n’ai pas bon espoir », avance Daniel Leboeuf.

À Cap-d’Espoir, le service d’essence est combiné à un marché d’alimentation. Le gouvernement du Québec a un programme pour maintenir les services de proximité. « C’est un programme qui pourrait aider ceux qui auraient envie de se lancer dans l’aventure pour rentabiliser ce projet. Je les encourage d’examiner cette avenue », suggère l’élu.

Le 15 juin, Québec avait annoncé 915 000 $ pour assurer le maintien de sept dépanneurs et marchés d’alimentation dans la région.  À travers la province, 90 commerces de proximité ont reçu un soutien de l’État dans des municipalités de moins de 20 000 habitants; un investissement d’un peu plus de 10 millions de dollars.

L’enveloppe de 50 millions s’étale sur cinq ans. Un projet peut obtenir un soutien jusqu’à 150 000 $ dans le cadre de ce programme.

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