Le coup d’envoi officiel n’a pas encore été donné. La campagne électorale du 5 octobre reste à venir. Pourtant, quelque chose dans l’air du Québec politique ressemble déjà à une longue déflation. Pas d’enthousiasme, pas de vent porteur, pas de figure qui soulève les foules. Cinq chefs sur la ligne de départ, cinq partis qui s’agitent et l’impression que personne, dans cette course, n’a vraiment envie d’y croire.
Assisterons-nous à la campagne la plus cynique de l’histoire récente du Québec? La question se pose avec une acuité qu’on n’avait pas connue depuis longtemps.
Traîner son bilan comme un boulet
Les Québécois portent un jugement sévère sur l’ère Legault : 66 % des répondants jugent sa performance insatisfaisante, selon Léger. Christine Fréchette hérite de ce passif. Nouvelle cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) depuis avril, elle tente de prendre ses distances avec son prédécesseur, rompant avec le côté « drama » de l’ancien premier ministre. Mais, le rapport de la vérificatrice générale Christine Roy sera difficile à faire oublier, notamment l’image de ministres millionnaires jouant aux investissements risqués avec l’argent des contribuables.
Fréchette promet de « faire mentir les prédictions ». Le problème, c’est que la proportion d’électeurs insatisfaits du travail de la CAQ a bondi de 14 points pour atteindre 56 %. Difficile de se relever d’un tel héritage en quelques semaines de précampagne.
Le PQ en tête, mais sur un fil
Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) est en position de force dans les sondages. Le Parti québécois (PQ) demeure au sommet des intentions de vote avec 32 % des appuis, atteignant même 39 % chez les électeurs francophones. Mais, sa promesse de tenir un référendum sur la souveraineté dans un premier mandat accroche : les deux tiers des électeurs disent ne pas le vouloir.
PSPP devra mener une campagne d’équilibriste et ne pas perdre ses militants souverainistes, tout en évitant les gestes de rupture qui feraient fuir l’électorat modéré. Ses récents propos sur le TGV et la rupture avec le Canada ont donné un avant-goût des glissades à venir. Comme si cela ne suffisait pas, le Parti libéral du Québec (PLQ) lui a envoyé une mise en demeure pour des propos l’associant au crime organisé.
Les libéraux, un chef et beaucoup de questions
Charles Milliard a été élu chef du PLQ en février, sans opposition, dans un parti fragilisé. Son prédécesseur, Pablo Rodriguez, élu chef en juin 2025, a remis sa démission en décembre, devenant le chef au plus court règne de l’histoire du parti. C’est dans ce contexte de chaos interne que Milliard tente d’imposer son autorité, identifiant le PQ comme son véritable adversaire et écartant la CAQ.
Le PLQ demeure fort chez les électeurs non francophones avec 59 % des intentions de vote. Mais, cette base ne suffit pas à gouverner seul. Le parti part avec un sérieux déficit de crédibilité : trois changements de direction en quatre ans et des scandales qui demeurent dans la mémoire collective.
QS en mode survie, le PCQ en mode espoir
Quatre des onze députés élus de Québec solidaire (QS) en 2022 ne se représenteront pas, dont Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Le parti se retrouve au dernier rang des sondages avec seulement 7 % des intentions de vote, soit environ la moitié de son résultat de 2022. Sa porte-parole, Ruba Ghazal, affirme partir « à la guerre, le couteau entre les dents ». C’est peut-être la seule option quand on n’a rien à perdre.
Éric Duhaime du Parti conservateur du Québec (PCQ) revient de loin. À peine 8 % des répondants l’estiment apte à diriger le Québec. Sa base reste concentrée dans la région de Québec, où il recueille 22 % des intentions de vote. Si ce n’est pas suffisant pour gouverner, c’est peut-être assez pour peser dans la balance d’un éventuel gouvernement minoritaire.
Personne n’incarne l’espoir
Aucun parti ne détient d’avance importante sur ses rivaux. On n’a donc pas le moindre signe d’une démocratie vibrante. C’est plutôt celui d’un électorat qui se cherche, faute d’une figure en qui se reconnaître.
Entre le vote stratégique, le vote du moindre mal et l’abstention désabusée, le Québec s’apprête à vivre une campagne qui risque de ressembler moins à une élection qu’à un aveu d’impuissance. La plus cynique de l’histoire? Peut-être bien. À moins que l’un des cinq chefs ne trouve les mots pour rallumer une flamme. Pour l’instant, on attend.
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