Pêche à la crevette

Hausse du quota sur fond d’inquiétude

Par Johanne Fournier 8:30 AM - 2 juillet 2026
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Pour 2026, le total autorisé des captures a grimpé à 5419 tonnes, une hausse de 42 % par rapport à l'an dernier. Photo Johanne Fournier

Une demi-douzaine de crevettiers gaspésiens ont pris la mer à la mi-mai, ce qui a marqué, du même coup, le début des activités de transformation aux usines de Rivière-au-Renard et de L’Anse-au-Griffon. Les taux de capture se sont révélés excellents dans la zone Sept-Îles, certains pêcheurs rapportant de 40 000 à 50 000 livres de crevettes en une seule sortie.

Le printemps a toutefois été marqué par une faible activité générale : seuls deux crevettiers du secteur de Matane ont pêché en avril, la majorité des bateaux gaspésiens étant plutôt engagés dans la pêche exploratoire au homard jusqu’en juillet. La reprise complète de la pêche à la crevette n’aura donc lieu qu’à la fin juillet ou au début août.

Contingent en forte hausse

Pour 2026, le total autorisé des captures a grimpé à 5419 tonnes, une hausse de 42 % par rapport à l’an dernier. Mais, selon le directeur de l’Office des pêcheurs de crevette du Québec (OPCQ), cette embellie ne se traduit pas encore en gains financiers concrets. « On n’a pas d’entente encore, précise Patrice Element. Les transformateurs paient les prix de l’année passée, en attendant qu’on s’entende. »

Les négociations avec l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP) traînent donc en longueur. Les crevettiers demandent un prix équivalent à celui payé à Terre-Neuve, soit le tarif de l’an dernier, qui était de 1,69 $ la livre, en plus d’une hausse de 15 ¢ la livre, comme obtenue cette année par leurs homologues terre-neuviens. Le marché mondial pourrait jouer en leur faveur : l’offre chute au Groenland et en Norvège, deux géants de la production de crevette. « L’offre diminue et les prix augmentent, résume M. Element. Cela crée donc une pression à la hausse. »

Seuls deux navires du secteur de Matane ont pêché la crevette ce printemps, dont le Yohan Mirja. Photo Johanne Fournier

Le diesel, ennemi numéro un

La facture de carburant menace d’annuler les gains qu’espèrent obtenir les crevettiers. « L’année passée, les gars ont payé à peu près 1,40 $ ou 1,45 $ le litre de diesel, note Patrice Element. Présentement, les gars paient à peu près 1,95 $ à 2 $ le litre. »

Par conséquent, le porte-parole de l’OPCQ évalue le surcoût à 15 à 20 ¢ supplémentaires par livre de crevettes livrées.

Captures exceptionnelles

Sur l’eau, plusieurs capitaines confirment un printemps hors norme. Le capitaine du Yohan Mirja pêche depuis plus de 40 ans dans la zone Estuaire. « Les résultats étaient excellents, indique Roberto Desbois. La crevette était grosse. Ça fait extrêmement longtemps que je n’avais pas vu ça ! » En un mois, il a récolté 172 000 livres de crevettes.

Le capitaine du SOL-YAN, qui pêche dans la zone Sept-Îles, se montre plus prudent, malgré de bons volumes. Nicolas Chouinard s’inquiète de la fragilité de la ressource si trop de bateaux convergent vers les mêmes secteurs et surtout du prix payé à quai. « On n’est pas assez payé pour les opérations de pêche à la crevette », déplore le pêcheur de Matane. Il ajoute qu’il paie le même montant d’assurances, même s’il pêche seulement deux mois par année.

Avec un quota en 2026 qui représente à peine 25 % de celui de 2023, M. Chouinard hésite même à retourner pêcher la crevette en août. « Si le diesel ne redescend pas au prix de l’année passée, je ne sais pas si je vais aller pêcher. »

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