Quel que soit le domaine, tenir plus de 40 ans dans le métier relève pratiquement de l’exploit. L’adage est d’autant plus vrai en restauration, alors que les joueurs arrivent et partent souvent au gré du vent.
À Percé, la Maison du Pêcheur n’a pratiquement plus besoin de présentation tellement l’institution est connue dans le milieu. L’établissement a été mis sur pied en juillet 1985 par trois actionnaires : George Mamelonet, Élise Boivin et Gilles Jean.
Mais la mythique histoire avait déjà débuté quelques années plus tôt, alors que plusieurs hippies avaient déjà pris pour habitude de se réunir dans la capitale touristique de la Gaspésie dès 1969, dont Paul Rose, Jacques Rose et Francis Simard ; des noms qui résonnent encore aujourd’hui.
Ceux-ci seront connus comme membres de la cellule Chénier du Front de libération du Québec (FLQ) lors des événements de la crise d’Octobre en 1970. À Percé, un ancien bâtiment de pêche de la compagnie Robin est ainsi transformé en auberge de jeunesse, qui accueille étudiants et chômeurs. L’établissement accueillera une faune locale assez colorée, dont Robert Charlebois et Plume Latraverse. Des graffitis originaux peuvent d’ailleurs encore être admirés à l’intérieur des pentes de toit de l’auberge devenue restaurant.

L’endroit sera rapidement baptisé la Maison du Pêcheur et deviendra le 9 juillet 1985 un restaurant avec un menu composé à 70 % de poisson. Plus de 40 ans plus tard, le restaurant est toujours bien présent au cœur de sa communauté, avec un menu alliant histoire et nouveautés.
Le flétan du Golfe à la grenebloise est par exemple sur le menu depuis les débuts, tout comme la chaudrée de fruits de mer ou le saumon et beurre au sucre d’érable et citron. « Ça change un peu, mais l’essence demeure », explique France Lebreux, aujourd’hui unique propriétaire.
Celle-ci est arrivée au commerce en 1989 et n’a jamais quitté. Elle est encore 7 jours sur 7 à la réception à accueillir les clients pendant la saison estivale.
« Ce n’est pas comme un travail. C’est naturel pour nous. On est content d’arriver ici, de recevoir les clients et de leur faire goûter à nos recettes. Il y a de la pression, car il faut toujours être à la hauteur de notre réputation, développer des recettes et garder l’intérêt des clients. Aujourd’hui, les gens connaissent davantage la gastronomie et sont plus informés, mais on a la chance d’avoir des produits locaux meilleurs qu’avant. »
Les huîtres viennent de Carleton-sur-Mer, les poissons de Menu-Mer à Gaspé et les fruits des mers des pêcheurs et transformateurs aux alentours. Entre 70 et 75 personnes travaillent à la Maison du Pêcheur en haute saison.

France Lebreux deviendra au fil du temps la conjointe de Georges Mamelonet, qui se passionne à faire découvrir les produits de la mer. À l’été 2015, il sera toutefois victime d’un drame alors qu’il meurt d’un accident de la route. L’année suivante, le restaurant est la proie des grandes marées. La Café de l’Atlantique y passera.
Mais rien pour arrêter France Lebreux et son fils Christophe Lebreux, lauréat en 2022 du prix Paul-Hachey remis par Gaspésie Gourmande et finaliste aux Lauriers de la gastronomie québécoise.
Plus de 40 ans plus tard, la Maison du Pêcheur demeure un incontournable de la cuisine locale et régionale. « C’est la qualité des produits qu’on y sert, avec l’amour et la passion de recevoir et de servir, note France Lebreux. Sinon, on ne peut pas perdurer. C’est vraiment demandant et intense. Tous les soirs, 7 jours par semaine, on est sur place. C’est travailler un an en six mois. C’est une fierté », conclut France Lebreux.
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