Compte à rebours vers le vide

Par Johanne Fournier 5:04 PM - 10 juin 2026
Temps de lecture :

Pour quelque 2500 ménages québécois, la date du 1er juillet est: celle d'une échéance brutale, d'un compte à rebours vers le vide. Getty Images - AndreyPopov

Le 1er juillet approche. Pour plusieurs Québécois, cette date évoque le festival du déménagement, les camions de location introuvables, le ballet des boîtes de carton dans les escaliers. Mais, pour quelque 2500 ménages québécois, elle a une tout autre résonance : celle d’une échéance brutale, d’un compte à rebours vers le vide. Pas un nouveau logement, mais le vide.

On aurait pu croire qu’avec la répétition annuelle du drame, on finirait par trouver des solutions. Mais, il semble bien que l’on ait tort. La crise du logement n’est plus une urgence que l’on découvre avec stupeur; c’est une catastrophe que l’on regarde venir, les bras croisés, avec la résignation de ceux qui ont appris à cohabiter avec l’inacceptable. Les manchettes se ressemblent d’une année à l’autre. Les chiffres empirent. Les solutions tardent.

Des appartements pour la visite

Pendant ce temps, des appartements sont disponibles. Pas des logements habités, mais des logements loués à la nuitée sur des plateformes numériques à des touristes de passage qui ne savent pas ou qui se foutent que la chambre qu’ils occupent, le temps d’une fin de semaine, a déjà été le chez-soi d’une famille.

Des réseaux de location à court terme, dont certains illégaux, ont méthodiquement vidé des immeubles entiers du marché locatif traditionnel. Le phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur continue de croître, nourri par la rentabilité obscène que représentent ces plateformes par rapport à un bail résidentiel standard. Pourquoi louer à un locataire à l’année quand un touriste rapporte trois fois plus par nuit? La logique est comptable. Les dégâts sont humains.

La région n’est plus un refuge

Ce qui frappe davantage, c’est que cette réalité ne se limite plus aux grands centres. Le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, régions que l’on associe volontiers au grand air, aux paysages à couper le souffle et à une certaine idée d’une vie moins compliquée, n’échappent pas à la spirale. Des villages côtiers et des communautés forestières ont vu leur tissu locatif se rétrécir comme peau de chagrin sous la pression du tourisme saisonnier et de l’exode urbain accéléré par la pandémie.

Fuyant la densité et le prix du coût de la vie des grands centres, des gens de Montréal ou de Québec ont acheté des résidences. D’autres ont transformé leur bien en location saisonnière. Résultat : les rares logements encore disponibles dans ces régions atteignent des prix que les salaires locaux, ceux des travailleurs moyens et saisonniers, ne peuvent tout simplement pas absorber.

Se loger en région n’est plus synonyme d’abordabilité. C’est devenu un luxe discret, réservé à ceux qui arrivent avec du capital ou qui partent avec leurs économies.

Un choix collectif détourné

On parle souvent de la crise du logement comme d’un problème de pénurie : pas assez d’unités construites, délais interminables, réglementation trop lourde. Tout cela est peut-être vrai.

Mais, il faut aussi nommer ce qui relève d’un choix collectif détourné : celui d’avoir laissé le parc locatif devenir un actif financier comme un autre, soumis aux lois du rendement plutôt qu’à celles du droit au logement. Celui d’avoir tardé à réguler sérieusement les plateformes de location à court terme, malgré les avertissements répétés des organismes communautaires et des chercheurs.

Le jour d’après

Dans moins d’un mois, des ménages québécois n’auront pas de toit. Certains trouveront une solution de dernière minute. D’autres dormiront sur le divan d’un proche. Quelques-uns se retrouveront dans des refuges ou à la rue. Puis, le 2 juillet, la vie reprendra son cours, nous parlerons d’autre chose et les appartements de location à court terme afficheront encore complet.

Il existe des urgences auxquelles l’on choisit de ne pas répondre. Celle-là en est une.

À lire également

Une facture totale de 444 000 $

Une bonne saison culturelle, gourmande et touristique en vue

Le coroner conclut au décès accidentel

Horizon

Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.