Il y a des matins où je monte dans ma voiture ou dans mon véhicule récréatif, que je surnomme affectueusement ma Jojomobile 2.0, pour prendre la route qui longe le fleuve du côté nord de la Gaspésie ou encore la rivière vers La Matapédia. Chaque fois, je me dis que j’ai le plus beau métier du monde. Pas parce qu’il est glamour, puisqu’il ne l’est pas. Pas parce qu’il est payant, puisque ce n’est clairement pas pour ça qu’on fait ce travail. Mais, parce qu’il me ramène, semaine après semaine, vers les gens et les endroits qui m’ont construite.
Je pratique le journalisme de proximité et je veux vous dire pourquoi cela compte pour vous, mais aussi pour moi.
Des déserts à arroser
Des déserts médiatiques parsèment notre territoire. C’est une expression froide pour désigner une réalité bien concrète : des communautés entières qui vivent, travaillent, élèvent leurs enfants, perdent des proches, célèbrent des victoires et dont personne ne parle. Comme si ce qui se passait là n’avait pas de valeur. Comme si leurs histoires ne méritaient pas d’être racontées.
Nommons ici La Haute-Gaspésie et La Matapédia. Des noms qui représentent, pour ceux qui y habitent, un coin de pays à la fois fier et fragile, vivant et vulnérable. Un coin de pays qui mérite une voix.
C’est cette voix qu’avec mes collègues de La Voix gaspésienne, du Pharillon et de L’Avant-Poste, je tente, chaque semaine, de vous donner. Sans être des héros, nous sommes de simples artisans qui croyons que l’information locale n’est pas un luxe, mais plutôt un droit. Parce que vous méritez d’être bien informés sur ce qui se passe chez vous.
Retrouver mes repères
Je n’avais pas anticipé à quel point ce travail allait me ramener à moi-même. À Sainte-Anne-des-Monts, lorsque j’aperçois les écoles où j’ai fait ma maternelle, mon primaire et mon secondaire, ce sont plus que des bâtiments. Ce sont des lieux où tout a commencé : les premières lettres, les premiers mots et surtout, le premier sentiment que les mots, justement, me donneraient cette ouverture sur le monde.
Dans ce parcours, j’ai eu la chance de croiser des enseignants qui ont su faire une différence. Des personnes qui m’ont appris à écrire le français, à l’aimer, à le respecter. Je ne leur ai pas toujours dit. Mais, quand le hasard des reportages me les fait croiser, je ne manque pas l’occasion de leur dire parce que les gens qui nous construisent méritent de le savoir.
Le privilège d’écouter
Si vous saviez comme j’aime vous rencontrer. De m’asseoir avec vous dans votre cuisine, dans vos commerces ou dans un stationnement. D’écouter vos histoires. Pas les grandes histoires, pas celles des grands médias, mais les vôtres. Le projet que vous caressez depuis plusieurs années. Les points de services que vous tentez de sauver. L’initiative communautaire née d’un besoin criant. Le deuil que vous traversez avec une dignité qui force le respect.
Chaque fois que quelqu’un me raconte quelque chose, je prends conscience d’un privilège immense : celui d’être la courroie entre votre vie et le reste du monde. C’est ça, l’information de proximité. Sans être des scoops fracassants, c’est le tissu de votre quotidien, raconté avec soin.
Pour vous
En outre, nous ne sommes pas parfaits. Nous passons parfois à côté d’un sujet. Nous courrons souvent après le temps. Mais, nous croyons à ce que nous faisons. Mes collègues et moi, nous savons que vos histoires valent la peine d’être racontées, que vos communautés méritent une presse qui les connaît, qui les aime, qui y a ses racines.
Moi, j’ai les miennes ici. Puis, chaque semaine que je passe à sillonner les routes de mon vaste territoire, chaque moment que je passe à vous écouter, à écrire les mots que d’autres m’ont appris à aimer, je me dis que c’est exactement là où je dois être. Merci d’être là et de lire votre hebdomadaire.
En passant, si vous avez des histoires à raconter, n’hésitez pas à m’écrire.
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