L’affaire judiciaire la plus connue en Gaspésie continue de susciter un vif intérêt, même si son principal protagoniste a été pendu il y a maintenant 70 ans.
Il faut dire que l’affaire Coffin a depuis longtemps traversé les frontières de la région et fait maintenant partie de l’histoire nationale. Rares sont ceux qui n’ont jamais entendu parler de près ou de loin de Wilbert Coffin, de Gaspé, exécuté le 10 février 1956, et ayant certainement été une pierre angulaire entourant les débats pour l’abolition de la peine de mort au Canada.
Encore en 2023, un balado en cinq épisodes d’un peu moins de deux heures – La dernière marche de Wilbert Coffin – était lancé sur l’application OHdio de Radio-Canada.
La même année, chez les anglophones, Kathryn M. Campbell, professeure de criminologie à l’Université d’Ottawa, y allait d’une version encore plus étoffée avec six heures de contenu à travers The Coffin Affaire : A Miscarriage of Justice Revisited.
Sans compter tout ce qui a été produit depuis le célèbre ouvrage J’accuse les assassins de Coffin de Jacques Hébert en 1963, et évidemment tous les innombrables articles de presse qui visitent et revisitent cette histoire maintes fois racontée. Bref, l’affaire est bien connue et bien documentée.

Grandir avec Coffin
Pourquoi alors l’auteur Sylvain Rivière revient avec une énième création autour de cette saga judiciaire, cette fois baptisée Wilbert Coffin – L’histoire qui ne veut pas mourir ? D’abord parce qu’il a grandi avec elle, lui qui est né en 1955 à Carleton-sur-Mer.
« J’ai commencé à m’intéresser à cette histoire-là parce que c’est un de mes premiers souvenirs. Quand j’avais peut-être 5 ou 6 ans, on entendait des histoires sur lui. Avant même que je sache ce que ça voulait dire, c’était imprégné dans ma mémoire avec laquelle je devais vivre pour le reste de ma vie. On dirait que je n’ai pas cherché l’histoire, c’est l’histoire qui m’a cherché », a-t-il confié jeudi lors d’un lancement officiel qui se tenait au Musée de la Gaspésie.
C’est d’ailleurs l’institution muséale qui détient les archives entourant l’affaire Coffin, qui ont abondamment servi pour ce nouvel ouvrage de cette anthologie qui se définit elle-même comme un récit graphique. En plus de 600 pages, le lecteur y trouvera autant des extraits de procès que des pièces à conviction, en passant par des articles de presse, des photos des différents personnages entourant l’affaire ou même des notes manuscrites.
« Il y a ici des trésors qui sommeillent. Mon travail était de redonner ça aux gens ordinaires, qui n’ont souvent pas accès aux archives. C’est ce que je voulais faire », précise l’auteur, qui a d’ailleurs jadis écrit une chanson sur le sujet, La complainte de Wilbert Coffin, vers 1981.
Le résultat est un ouvrage découpé en des centaines de courtes scènes, un peu comme un scénario de film qui serait illustré. Le livre comprend d’ailleurs des images inédites, même pour ceux qui s’intéressent à ce dossier depuis longtemps. Une pièce qui deviendra certainement un incontournable pour ceux qui s’intéressent à cette histoire.
Rappelons que l’affaire Coffin a débuté en 1953 par le meurtre de trois chasseurs d’ours américains, dans les profondeurs de la forêt gaspésienne. Le principal intéressé a toujours plaidé son innocence et est même retourné volontairement derrière les barreaux suite à une évasion de la prison de Québec, son avocat l’ayant convaincu qu’il s’en sortirait. Sous Duplessis, plusieurs estiment que le gouvernement cherchait un bouc émissaire et qu’il voulait conclure l’affaire rapidement pour ne pas déplaire aux Américains. Le reste fait aujourd’hui partie de l’histoire.
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