Pas de demande, pas de taxi

Par Nayeli Chavez 12:45 PM - 11 mai 2026
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Le répartiteur Kenneth Chicoine pense à prendre sa retraite. Photo Nayeli Chavez

Il y a une seule compagnie de taxi dans La Côte-de-Gaspé. À Gaspé, il y a six chauffeurs. Deux autres sont à Chandler. Le manque de relève et la baisse de la demande font en sorte qu’après 21 h, Taxi Porlier n’offre plus de service.

Bien sûr, la pandémie de COVID-19 a eu des répercussions sur cette compagnie. « Avant, on roulait 24 h sur 24. Maintenant, on ferme à 21 h », indique le répartiteur de l’entreprise, Kenneth Chicoine. En une journée, Taxi Porlier peut recevoir entre 30 et 50 appels en moyenne. « Des fois, on apporte les gens jusqu’à Rimouski, Québec et même Montréal. »

Les chauffeurs peuvent faire quelques exceptions. « Si quelqu’un arrive à l’aéroport à 22 h, par exemple, il peut réserver un taxi et on viendra », précise le vétéran.

Pour ceux qui veulent faire la fête un vendredi ou un samedi soir, il faut trouver qui conduira parmi le groupe ou limiter sa consommation d’alcool. « On est payé à l’heure, explique l’un des six chauffeurs, Martin Adams. On ne va pas rester ouvert pendant trois ou quatre heures pour quelques personnes seulement. Ce n’est pas avantageux pour le patron. À Montréal, c’est le contraire, ça roule. » 

D’après le Rapport annuel des activités du poste de la MRC de La Côte-de-Gaspé de la Sûreté du Québec de 2023-2024, les policiers ont fait 39 interventions liées aux capacités affaiblies par la drogue ou l’alcool cette année-là.

Pour devenir chauffeur de taxi, il faut suivre une formation et obtenir un permis de chauffeur autorisé. Photo Nayeli Chavez

Des solutions pour s’adapter 

Pour ce qui est des situations d’urgence, les chauffeurs de Taxi Porlier sont conscients des enjeux. « Si quelqu’un se blesse dans la nuit, il se passe quoi ? Il est obligé d’appeler l’ambulance », explique le répartiteur. Toutefois, au nombre d’appels qu’ils reçoivent en journée, l’hôpital est leur plus gros client. L’entreprise possède trois voitures et une fourgonnette adaptées.

Selon la responsable des communications du CISSS de la Gaspésie, Cassandra Lévesque, peu de patients de l’hôpital de Gaspé sont affectés par l’arrêt des services, le soir. « On n’a pas de chiffres exacts, mais ça ne touche pas les personnes hospitalisées, parce que la gestion des lits se fait en journée. Ceux qui sont à l’urgence sont plus touchés. »

Lorsqu’un patient obtient son congé de l’hôpital le soir, l’option de rester dans la pièce d’allaitement, pour la nuit, s’offre à lui. « On va s’assurer que l’usager soit en sécurité à l’hôpital, explique la porte-parole du CSSS. On rend cette salle disponible pour les usagers qui ne peuvent pas retourner chez eux avant le lendemain matin, faute de réseau ou de taxi. »

De plus, Cassandra Lévesque rappelle que les urgences sont imprévisibles. « Quand on va à l’urgence, on ne sait jamais vraiment quand on va ressortir de là. Ça dépend de l’évaluation du patient, de la disponibilité des médecins, etc. L’urgence, c’est 24 h sur 24. »

Pas de relève

Kenneth Chicoine travaille comme répartiteur depuis 17 ans chez Taxi Porlier. Il a aujourd’hui 79 ans. « C’est moi le doyen », dit-il avec le sourire. Le « bébé » de l’équipe, Martin Adams, a 52 ans. Les autres conducteurs ont tous 60 ans et plus. 

« On a publié des annonces, mais personne ne vient travailler avec nous, note un autre chauffeur, Michel Bujold. On le sait que ça peut causer des difficultés, mais c’est comme ça. »

Selon lui, les huit heures de formation et l’obtention du permis de chauffeur autorisé à transporter des personnes de manière rémunérée sont des obstacles.

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