Jouer avec les règles encadrant le processus électoral à la fin d’une législature n’est pas une bonne idée, soutient le député indépendant de Saint-Jérôme, qui n’a pas donné son consentement pour adopter rapidement la loi 3 sur la représentativité électorale, le 7 mai.
Youri Chassin a donné un coup de tonnerre politique en posant ce geste au Salon rouge de l’Assemblée nationale.
« J’ai un énorme malaise avec un projet de loi qui vient court-circuiter un processus de révision de la carte électorale. C’est assez fondamental dans notre démocratie, la carte électorale et on ne souhaite pas que ce soient les partis politiques qui s’en mêlent », affirme-t-il en entrevue avec Le Pharillon.
L’élu rappelle que les parlementaires ont donné un mandat souverain au Directeur général des élections (DGE) d’établir les paramètres de la carte électorale qui sera effective le 14 juillet.
« Pourquoi est-ce que le gouvernement et les partis politiques s’en mêlent ? En Gaspésie, il y a de bonnes raisons pour revoir les critères. Mais on va le faire au moment approprié. C’est comme si le gouvernement disait que nous on fait des lois, mais on n’est pas tenu par nos propres lois. On va se mêler de ce qui ne nous regarde pas », argumente le député indépendant.
Selon lui, le processus pour changer les critères aurait dû se faire en amont. « Ça doit être fixé avant que le processus ne soit lancé. »
Le projet de loi prévoyait la création d’un comité composé d’un juge, d’un ex-parlementaire et d’un expert pour se pencher sur cette question.
« Pour moi, c’est trop fondamental pour que je laisse passer tout ça. Par ailleurs, il y a de bonnes raisons de réfléchir aux trois comtés de la Gaspésie d’une certaine façon et il n’y aura pas les mêmes critères pour sauver un comté à Montréal. Pourquoi on le fait comme ça dans un projet de loi ? C’est peut-être parce qu’il fallait obtenir l’appui des libéraux et c’est là que ça devient partisan et on ne veut pas ça », justifie l’élu.
La Cour d’appel mentionnait plus tôt les différentes possibilités d’intervention, comme de créer un statut d’exception pour la Gaspésie. C’est ce qui prévaut actuellement aux Îles-de-la-Madeleine. « Mais encore là, il faut le faire dès le départ », insiste Youri Chassin.
La solution se trouve dans la prochaine législature, selon lui, ce qui implique qu’il faudra attendre à la prochaine élection pour revoir les critères. « On pourrait le faire dès le départ. Ça se justifierait très bien. »
Pas de pression
Étant représentant de Saint-Jérôme dans la région des Laurentides, il assure ne pas avoir subi de pression des maires de sa région pour ne pas appuyer le projet de loi.
Les Laurentides avaient amorcé la contestation de la loi de mai 2024, qui mettait fin au processus de révision de la carte électorale. Avec leurs collègues du Centre-du-Québec et d’autres parties impliquées, ils avaient réussi à faire casser la loi en Cour d’appel.
« Je vous garantis une chose : les pressions que je peux avoir ne décident pas de mes actions. C’est dans mon âme et conscience, assure le député indépendant. Et j’y ai pensé jusqu’à la dernière minute. Ça ne me tentait pas nécessairement de m’y opposer, mais à l’évidence, personne d’autre n’allait le faire. Il y en a qui sont peut-être plus ou moins à l’aise avec le projet de loi, mais ils sont dans des partis et se rallient. Je ne les condamne pas. Ça va faire l’affaire de gens dans mon coin. L’idée n’était certainement pas de faire abstraction de mon coin, mais on veut un équilibre qui respecte le processus. »
Après avoir développé tout cet argumentaire, l’élu indépendant assure qu’il ne changera pas d’idée, même si dans les coulisses, les échos entendus indiquent que ses collègues tenteront de le faire.
« C’est tellement une question de principe, c’est fondamental. Qu’est-ce que tu fais les deux mains dans le plat ? Ce n’est pas ton travail de t’occuper de ça. Respecte ta parole », conclut-il.
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