Gérard D. Lévesque aurait eu 100 ans
Gérard D. Lévesque aurait eu 100 ans le 2 mai. Photo Musée de la Gaspésie. Charles-Eugène Bernard et Estelle Allard. P67/B/3b/1/7
Peu de députés peuvent se targuer d’avoir remporté 10 élections consécutives dans la même circonscription. C’est pourtant l’exploit qu’a réussi le libéral Gérard D. Lévesque dans Bonaventure entre 1956 et 1989, ce qui à l’époque lui avait valu un record de longévité de 37 ans, 4 mois et 28 jours (record qui ne sera battu ensuite que par le péquiste François Gendron d’Abitibi-Ouest avec ses 41 ans, 10 mois et 16 jours).
Le politicien né à Port-Daniel le 2 mai 1926 aurait eu 100 ans dans quelques jours. L’homme qui a été foudroyé par un cancer et qui est décédé en fonction à l’âge de 67 ans a laissé une marque indélébile pour ceux qui l’ont côtoyé.
C’est le cas notamment de son collègue et ami André Beaudin, député libéral de Gaspé de 1985 à 1994. « Ç’a été un personnage important dans ma vie. C’est un grand Gaspésien et un grand Québécois », laisse-t-il tomber avec respect et solennité.
« C’est un monument, un mastodonte politique, selon moi », note pour sa part l’historien Pascal Alain, de Carleton-sur-Mer, qui ne l’a pas connu personnellement, mais qui réside dans la circonscription qui a porté les couleurs de Gérard D. Lévesque pendant des décennies et qui a pu se familiariser avec le personnage au fil du temps.
Les débuts
Gérard D. Lévesque (D. pour Dea ; il est le fils de Léonard Dea et d’Estelle Litalien, et a été adopté trois semaines après sa naissance par sa tante, Irène Dea, et son mari, Joseph-Edmond Levesque, vendeur d’automobiles) a étudié au Couvent Saint-Rosaire à Paspébiac, au Séminaire de Gaspé et au Collège Jean-de-Brébeuf à Montréal.
Il a ensuite décroché un baccalauréat ès arts de l’Université de Montréal et une licence en droit de l’Université McGill, étant admis au Barreau en juillet 1949.
La même année, il devient membre de différents cabinets d’avocats à New Carlisle, avant de diriger Levesque automobile de Paspébiac à partir de 1951 et Carleton automobile de 1957 à 1987.
Avocat de formation, l’homme aura toujours eu un pied dans le monde des affaires, notamment comme président de l’Association des marchands d’automobiles de la Baie-des-Chaleurs de 1952 à 1955, comme directeur de l’Association provinciale des marchands d’automobiles du Québec de 1955 à 1957 ou comme président de la Chambre de commerce de la Gaspésie en 1953.
C’est en 1956 qu’il fera le saut en politique pour les libéraux, dans l’opposition d’abord, mais ensuite aux premières loges lorsque Jean Lesage, au cœur de la Révolution tranquille et de l’équipe du tonnerre, sera au pouvoir comme premier ministre entre 1960 et 1966.
Gérard D. Lévesque est de son côté bien en selle et remporte haut la main ses élections, les unes après les autres. « Il ne passe pas sur la fesse. Ce sont des avances confortables : en 1966 et 1970 par exemple, c’est un taux de 60,4 % », note Pascal Alain. En 1973 ce sera 69,6 %. Comment expliquer cette large adhésion populaire ?
« Je pense que c’est quelqu’un de très proche des gens ; un fier Gaspésien impliqué dans son milieu. C’est un bon orateur qui avait beaucoup d’énergie », rappelle l’historien.
Une analyse que partage André Beaudin, qui a en quelque sorte été amené en politique provinciale par Gérard D. Lévesque. Les deux ont pu se côtoyer longuement lorsqu’ils étaient députés de Gaspé et de Bonaventure. L’un habitait Grande-Rivière, l’autre Paspébiac. Au moins une fois chaque mois, ils covoituraient ensemble.
« C’était un orateur né », confirme André Beaudin, qui se rappelle très bien les confrontations oratoires qui avaient lieu le vendredi matin à l’Assemblée nationale entre libéraux et péquistes. Plusieurs députés attendaient d’y assister avant de revenir dans leur circonscription, même s’ils ne siégeaient pas le vendredi.
Gérard D. Lévesque affrontait souvent Jean Garon, qui a notamment été ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation dans les cabinets de René Lévesque et Pierre Marc Johnson.
« Gérard y était parce qu’il avait la parole en bouche et qu’il n’avait pas besoin de notes, se remémore l’ex-député de Gaspé. J’ai rarement connu un gars qui pouvait s’exprimer sur autant de sujets sans papier, sans préparation, et parler pendant une heure de temps. C’était quelque chose à voir et à entendre. »
Un grand legs pour un grand homme
Parmi ses faits d’armes, Gérard D. Lévesque aura contribué à l’ouverture de la cartonnerie Smurfit Stone de New Richmond en 1965, à un moment où le bois de la Gaspésie prenait la plupart du temps le chemin des usines au Nouveau-Brunswick.
« Il va aussi terminer l’électrification de la région, ouvrir une école d’agriculture à Caplan et sera là pour l’ouverture de l’hôpital de Maria, ajoute Pascal Alain. Il va être responsable du pont moderne de la rivière Cascapédia qui va brûler en 1953 et être terminé en 1961 […] Il est un acteur de la Révolution tranquille qui a amené le Québec vers la modernité. Il a été témoin de toute cette époque. »
Preuve s’il en est de son héritage, une portion de boulevard à Paspébiac porte aujourd’hui son nom, tout comme le bâtiment qui siège le ministère des Finances, à Québec. Qui plus est, la Fondation Gérard-D.-Levesque a vu le jour en 1992 afin de soutenir financièrement les étudiants de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine qui veulent poursuivre une formation universitaire de deuxième ou de troisième cycle.
Le politicien sera notamment à la tête des Finances, du Commerce et de l’Industrie, en plus d’être vice-premier ministre du 2 février 1972 au 26 novembre 1976. « Ce n’est pas un député d’arrière-ban, précise Pascal Alain. Il va avoir des ministères très importants. C’est assez impressionnant comme feuille de route. Il a été leader #2 si ce n’était pas le #1 aux côtés de Robert Bourassa. »
Ce n’est pas donc pas un hasard s’il était admiré de plusieurs, bien que, comme tout politicien, il pouvait s’attirer les critiques après un règne si long. « De façon générale, il était très affable et très à l’écoute des gens, se rappelle André Beaudin. Il parlait à tout le monde, était admiré et respecté par tous, peu importe la couleur. Ç’a été un personnage illustre de l’Assemblée nationale du Québec. Il m’a fait rencontrer Robert Bourassa et a été mon modèle. Ç’a été pour moi comme un mentor. Il y avait autant de membres du PQ que du PLQ à ses funérailles à Paspébiac. »
« Il va être député jusqu’à la toute fin, renchérit Pascal Alain. Il va décéder en fonction. C’est un vieux routier. Pour les jeunes générations, le nom doit commencer à pâlir un peu, alors il faut faire attention. Je pense qu’on ne verra plus de phénomène comme ça. »
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