La géomatique s’invite dans nos cabanes à sucre
En 2024, les MRC du Rocher-Percé et de La Côte-de-Gaspé ne comptaient que quatre entreprises acéricoles pour 96 270 entailles et une production annuelle de 449 581 livres de sirop d’érable valant 1,48 million de dollars, selon les plus récentes données des Producteurs et productrices acéricoles du Québec. Photo PPAQ — graphestudio.com
La géomatique s’invite de plus en plus dans les cabanes à sucre du Québec et celles de la Gaspésie n’y échappent pas. Pour la conseillère en acériculture de Gaspé, Cyndelle Gagnon, l’outil ouvre des possibilités concrètes et accessibles pour les producteurs de sirop d’érable, qu’ils gèrent 500 ou 500 000 entailles.
« Avec la géomatique, c’est possible de produire des cartes de la tubulure existante avec son téléphone cellulaire intelligent », explique celle qui est agronome à la direction régionale de la Gaspésie au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Ces cartes peuvent ensuite intégrer l’historique des rendements, les dates d’installation des sections de tubulures et les secteurs à risque de fuites.
Outil de gestion
Au-delà de la carte, la géomatique devient un véritable tableau de bord. En interrogeant un logiciel SIG (système d’information géographique), un producteur peut identifier en un coup d’œil quelle section de tubulures est à changer. « On est capable d’interroger le logiciel et de lui dire de nous sortir la section qui doit être changée en priorité, illustre Mme Gagnon. Il nous la surligne. »
Les coûts d’entrée demeurent modestes : les logiciels SIG open source sont gratuits, les données gouvernementales disponibles sur Données Québec sont publiques et la plupart des producteurs possèdent déjà un téléphone intelligent compatible. « C’est vraiment une question de coûts en énergie et en temps, pas en argent », précise la scientifique.
Pour les acériculteurs qui hésitent encore, le message de Cyndelle Gagnon est clair. « La géomatique fait partie des choses à mettre dans son coffre à outils d’acériculteur. »
Surveiller à distance, produire mieux
À Matapédia, Claude Fecteau gère 32 500 entailles au sein de son érablière, Fecteau Acébois. Dans cette exploitation de taille industrielle, la géomatique est déjà intégrée au quotidien des opérations pour la collecte et la transmission de données à distance.
« J’ai des sondes sans fil qui font des lectures de vacuum en temps réel, explique l’entrepreneur, qui est aussi le représentant des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ) pour la Gaspésie. Tous les travailleurs y ont accès avec leur téléphone portable. » Grâce à ce système, les six à huit employés de l’entreprise peuvent suivre à distance le niveau des bassins et le vacuum dans les tubulures, évitant des déplacements parfois pénibles.
Moins de déplacements, plus d’efficacité
L’impact est particulièrement sensible pour la logistique du transport de l’eau d’érable. « Le camionneur qui transporte l’eau est chez lui, raconte M. Fecteau. Il voit quand c’est le temps d’aller au bassin. On n’a pas besoin de l’appeler. »
Sans cette technologie, « il faudrait sortir en motoneige et en raquette pour aller voir le vacuum dans le bois ». La géomatique ne remplace pas les employés, mais elle les rend plus efficaces et mieux informés, résume-t-il.
L’acériculteur gaspésien reconnaît toutefois ne pas avoir adopté toutes les innovations proposées en acériculture, comme les drones et le système d’osmose intelligent, en partie parce que son entreprise est en processus de transfert. « Ce sera les prochains propriétaires qui décideront s’ils modernisent l’entreprise, dit-il avec pragmatisme. Sûrement qu’ils vont la moderniser ! »
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