Québec aimerait reprendre le parc Forillon

Par Nelson Sergerie 8:50 AM - 29 avril 2026 Initiative de journalisme local
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Le secteur du Cap-Bon-Ami dans le parc national Forillon. Photo Jean-Philippe Thibault

Le gouvernement du Québec souhaiterait prendre sous son aile le parc national Forillon, en vertu d’une clause du bail qui cédait les terrains pour la création du parc au début des années 1970.

À cette époque, le gouvernement du Québec a conclu une entente portant sur la création du parc national Forillon avec le gouvernement fédéral afin de transférer l’administration et le contrôle d’un territoire d’une superficie de 244 kilomètres carrés dans la presqu’île de Forillon, pour y créer un parc fédéral. 

« Québec veut évaluer la pertinence d’une reprise de la gestion du territoire concédé par bail au gouvernement fédéral et demande à recevoir les paramètres pour faire les analyses et prendre une décision sur la possibilité ou non d’aller de l’avant », note le député de Gaspé, Stéphane Sainte-Croix.

L’entente est d’une durée de 99 ans et prendra fin le 8 juin 2069. « Il y a une clause de résiliation de plein droit prévoyant la possibilité pour le gouvernement du Québec d’y mettre fin après 60 ans, soit en 2030 », précise l’élu.

Pour se prévaloir de la clause, le gouvernement du Québec devait faire parvenir au gouvernement fédéral un préavis écrit de cinq ans, soit avant le 8 juin 2025, ce qui constitue une étape préalable s’il est par la suite souhaité d’entreprendre les démarches vers une résiliation de l’entente en 2030.

« Considérant le non-retour du gouvernement fédéral de notre demande dans le respect de l’entente, on a procédé à une nouvelle correspondance avec la nouvelle ministre en titre et nous espérons un retour de notre requête », note Stéphane Sainte-Croix.

La clause de résiliation prévoit que Québec devra, selon ce qu’Ottawa choisira, soit lui rembourser « toutes les dépenses d’immobilisation encourues par ce dernier en rapport avec le parc durant les 60 années précédentes », soit le dédommager « d’une manière acceptable par ce dernier ».

Les sommes pourraient être importantes. Dans la dernière décennie seulement, Ottawa a investi quelque 100 millions de dollars à Forillon, sans compter toutes les sommes dépensées depuis la création du parc.

« Voilà l’essentiel de la discussion que nous voulons avoir avec le fédéral, explique le député de Gaspé. Quel est le coût rattaché à la reprise de la gestion du territoire? C’est un paramètre qui fait partie de l’entente. Avoir un coût, c’est un des éléments qu’on veut avoir pour prendre une décision éclairée. »

Le député de Gaspé, Stéphane Sainte-Croix. Photo Jean-Philippe Thibault

Lettre morte

Québec a transmis en mai 2025 une demande d’estimation des dépenses que le Québec devrait rembourser ou dédommager s’il souhaitait reprendre le parc national Forillon à sa charge. Malgré cette lettre et une relance récente, Ottawa n’a pas répondu à Québec.

« On espère que le gouvernement fédéral va honorer la clause prévue à son entente, poursuite Stéphane Sainte-Croix. Le terme est échu, le temps passe. On a fait nos devoirs au gouvernement du Québec. On espère fortement d’avoir ce dialogue avec notre partenaire fédéral et évaluer la pertinence de la reprise du territoire, dans le respect de sa mission. »

Le député assure que la mission de conservation serait maintenue dans l’éventualité où Québec reprendrait le territoire. La Sépaq serait l’organisme tout désigné pour gérer le parc si une entente intervenait entre les deux paliers de gouvernement.

« Tout ça reste à négocier. On est au début du processus. La première étape est d’avoir un retour du fédéral », mentionne l’élu. Si Ottawa ne répond pas, Québec devra évaluer ses options, notamment de faire appel aux tribunaux.

« Ça ne m’appartient pas de répondre à cette question hypothétique, mais j’imagine que notre gouvernement n’exclut aucun moyen pour avoir une réponse compte tenu de l’entente signée entre Québec et Ottawa. »

Les partenaires pas consultés

Le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance ainsi que la Nation Micmac de Gespeg n’ont pas été consultés en amont dans la démarche entreprise par Québec.

« J’ai discuté avec certaines personnes associées de près ou de loin dans l’histoire de Forillon. Je m’apprête à avoir une discussion avec la représentante du Regroupement », note toutefois Stéphane Sainte-Croix, rappelant qu’il est né et a grandi à Cap-des-Rosiers et a vécu la réalité de l’expropriation qui a laissé des traces dans sa famille et son voisinage.

« Ça s’est fait dans la douleur. J’ai aussi des contacts avec Me Lionel Bernier, qui a ramené une justice pour les expropriés. Je suis bien au fait de ce qui s’est passé en 1970 », souligne l’élu. Lionel Bernier est lui-même fils d’expropriés et a écrit le populaire ouvrage La Bataille de Forillon.

La Nation Micmac de Gespeg n’a pas été consultée non plus dans la démarche de Québec. Celle-ci a conclu en 2024 une entente de cogestion de cinq ans avec Parcs Canada.

« Ce n’est pas moi qui vais répondre à ça. Mais il est hors de question qu’on n’honore pas les ententes qui ont cours, assure le député. Il n’est pas question qu’on détricote ce qui a été tricoté dans les dernières années. Notre volonté, c’est d’honorer la clause signée entre les parties et évaluer la possibilité de reprendre la gestion du territoire et on va s’asseoir avec les parties prenantes. Il nous fera plaisir d’avoir ces discussions et collaborer pour la suite des choses. »

D’autant plus que l’année 2030 viendra rapidement. « Le terme prévu à l’entente est le cadre limite temporel. Je ne vois rien qui empêche que les choses se prolongent dans le temps. On a fait part de notre intention. On a respecté le cadre de l’entente. On s’attend à un geste similaire du gouvernement fédéral. Pour la suite des choses, j’imagine que tout prendra forme par la négociation », conclut Stéphane Sainte-Croix.

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