Les descendants des expropriés et Gaspé réagissent

Par Nelson Sergerie 9:30 AM - 29 avril 2026 Initiative de journalisme local
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Des expropriés de Forillon et leur descendance en juillet 2023, lors d'une annonce d'investissements dans des bâtiments historiques à Grande Grave. Photo Jean-Philippe Thibault

Ce fut une surprise totale pour le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance d’apprendre que Québec étudie la possibilité de rapatrier le parc sous sa juridiction.

C’est Le Pharillon qui a appris la nouvelle à la porte-parole, Hermeline Smith. « On savait que c’était une possibilité. Jamais personne ne nous a informés », lance celle qui apportera cette action à son prochain conseil d’administration.

« C’est sûr qu’on va en discuter et choisir des actions qui pourraient se faire dans les prochaines semaines pour répondre à cette éventualité. » Cet événement risque de rouvrir des plaies vives, même si le parc national Forillon a été créé il y a près de 60 ans.

« Dès qu’il se passe des changements au niveau du parc, au niveau des bâtiments ou de la gestion, c’est souvent une mauvaise surprise. Lorsque ça sortira dans les médias, ce sera un choc », croit-elle.

Malgré ce qui se trame, le Regroupement n’a jamais été impliqué directement dans la gestion du parc, même lorsque l’entente de cogestion avec la Nation Micmac de Gespeg a été négociée, le tout se passant à un niveau supérieur.

Toutefois, les gestionnaires locaux du parc collaborent bien avec le comité. Le Regroupement estime que Québec devra verser un prix très élevé pour prendre la gestion du parc.

Gaspé reste prudent

Élément important dans le portrait économique et touristique de Gaspé, la Ville entend suivre la question de près. Pour le maire, il sera important d’impliquer le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance et la Nation Micmac de Gespeg dès le départ.

Daniel Côté constate que les deux groupes semblent avoir été mis de côté dans la démarche de Québec. « C’est ce qu’on décode. Mais de prime abord, dans un dossier aussi sensible que celui-là, qui rouvre des cicatrices de plusieurs générations et de voir encore l’émotivité lors de rassemblements, on doit les impliquer avant de jaser de cession, de business. Avant d’entreprendre des discussions avec le fédéral, allons voir les Premières Nations, les expropriés pour voir ce qu’ils en pensent. On semble brûler une étape essentielle. Allons voir les principaux concernés et après, on fera les avantages et inconvénients et on aura une position finale. »

La Sépaq serait-elle un meilleur gestionnaire que Parcs Canada pour le site ? Le maire pèse le pour et le contre.

« On a vu la Sépaq abandonner Fort-Prével. Est-ce un bon gestionnaire ? Je ne pense pas. Par contre, dans le parc de la Gaspésie, on sent quelque chose d’intéressant. Du côté fédéral, il y a eu un sous-investissement durant des décennies à Forillon. À contrario, dans les dernières années, il y a eu des investissements massifs. Ça dépend des époques, des parcs en question. Je ne peux prendre une position claire à l’heure où on se parle. »

Dans le contexte actuel, prioriser ce dossier plutôt que d’autres amène des questions. La CAQ semble souffler la voie du nationalisme économique dans le geste posé.

« Est-ce une priorité d’intervention ? Si Québec doit sortir 200 millions en Gaspésie, est-ce qu’on le met dans un chèque vers Ottawa pour racheter un parc qui n’a aucune conséquence réelle sur le milieu ou on le met dans le chemin de fer qui aura une conséquence réelle sur le milieu? Pour moi, la question ne se pose pas », lance comme message Daniel Côté au gouvernement du Québec.

Le Pharillon a aussi appris à la Nation Micmac de Gespeg cette tentative de Québec de mettre la main sur le parc national Forillon. La cheffe, Céline Cassivi, a fait savoir qu’elle doit d’abord en parler avec son conseil avant de prendre position dans ce débat.

Ottawa ferme la porte

Ottawa semble opposer une fin de non-recevoir à la demande de Québec pour discuter des modalités d’un éventuel transfert du parc national Forillon du gouvernement fédéral vers le provincial.

Interpellé sur cette question, le cabinet de la ministre de l’Environnement et responsable de l’agence Parcs Canada, Julie Dabrusin, confirme que le gouvernement du Canada a reçu une lettre du gouvernement du Québec lui demandant des renseignements à titre exploratoire.

« Parcs Canada reste pleinement déterminé à assurer la gestion à long terme du parc, conformément à son mandat de conservation, de mise en valeur et d’intérêt public, écrit par courriel un membre de son cabinet. Parcs Canada entretient des relations étroites avec ses partenaires, notamment le Regroupement de personnes expropriées de Forillon et leur descendance et la Nation Micmac Gespeg, avec lesquels un accord de réconciliation et de reconnaissance des droits concernant le parc national de Forillon a été signé en 2024. Parcs Canada respecte tous ses engagements envers ces partenaires grâce à des projets actuellement en cours. »

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