Un texte de Félix Côté – Le dossier du bar rayé continue de faire des vagues dans l’est du Québec. Alors que l’espèce avait été placée sous protection pour favoriser sa reconstitution, plusieurs pêcheurs et intervenants du milieu estiment aujourd’hui que la situation a basculé, au point de parler d’un déséquilibre écologique et économique.
Le député fédéral de Montmorency-Charlevoix, Gabriel Hardy, affirme que les signaux du terrain sont de plus en plus nombreux et préoccupants.
« Les pêcheurs me disent qu’il y a du bar rayé comme jamais. On en parle de Rimouski jusqu’à Repentigny. Ce n’est plus juste local », explique-t-il.
Une espèce protégée… devenue problématique ?
À l’origine, la protection du bar rayé visait à reconstituer une population en déclin. Or, selon plusieurs témoignages recueillis sur le terrain, cette protection « mur à mur » aurait aujourd’hui des effets inverses. « On est rendus à un point où les pêcheurs ont de la difficulté à atteindre leurs quotas pour d’autres espèces. Ça a un impact économique réel », soutient M. Hardy.
Le député pointe notamment du doigt une décision fédérale qui, selon lui, n’aurait pas suffisamment intégré l’expertise des pêcheurs. « Le gouvernement a protégé l’espèce sans aller à la rencontre des gens qui sont sur le fleuve tous les jours. »
Fracture entre science et réalité du terrain
Au cœur du problème, une déconnexion entre les méthodes scientifiques et la pratique de la pêche, selon plusieurs intervenants. « Les scientifiques demandent aux pêcheurs d’utiliser certaines méthodes pour collecter des données. Mais les pêcheurs disent que ces méthodes-là ne fonctionnent pas. Résultat : les données montrent peu de poissons, alors que, sur le terrain, ils en voient beaucoup », résume le député.
Cette situation mènerait à des décisions basées sur des données jugées incomplètes ou biaisées, alimentant la frustration des pêcheurs. « Les deux mondes doivent travailler ensemble. Les scientifiques devraient monter à bord des bateaux pour voir la réalité », insiste-t-il.
Prédateur de plus en plus dominant
Au-delà de la question de gestion, c’est l’équilibre même de l’écosystème qui inquiète. Le bar rayé, désormais plus abondant et de plus grande taille, agirait comme un prédateur particulièrement efficace. « On me dit qu’il s’attaque au saumon, même aux petits crabes. Il est rendu très dominant », affirme M. Hardy.
Dans certaines régions, notamment autour du fleuve Saint-Laurent et des rivières à saumon, la situation serait particulièrement préoccupante. « Les gens parlent d’attaques sur les jeunes saumons. Or, le saumon est une richesse importante au Québec. » Face à ce constat, plusieurs acteurs du milieu réclament une approche plus nuancée, inspirée d’une gestion écosystémique.
L’une des pistes avancées consiste à rouvrir partiellement la pêche sportive au bar rayé, avec des quotas contrôlés. « On ne demande pas une pêche commerciale massive. Juste une pêche récréative encadrée. Si 1000 pêcheurs en prennent 10 chacun, ça fait 10 000 poissons en moins. Et on peut mesurer l’impact l’année suivante », illustre le député.
Une telle approche permettrait, selon lui, d’obtenir des données concrètes tout en amorçant un rééquilibrage de la ressource.
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