Toujours pas d’excuses d’Ottawa
Des pêcheurs de hareng au quai de Bonaventure en 2021. Photo Gilles Gagné
Depuis 2022, le Regroupement des pêcheurs pélagiques professionnels du sud de la Gaspésie (RPPPSG) n’a pas ménagé ses efforts pour se faire entendre suite à une décision d’Ottawa d’un moratoire sur la pêche au hareng de printemps et au maquereau dans le Saint-Laurent.
L’organisation – qui compte une quinzaine de membres – a perdu du jour au lendemain son revenu principal et demande depuis ce temps d’autres quotas pour pallier à cette perte soudaine. Les démarches ont été vaines jusqu’ici.
Le Comité permanent des pêches et des océans leur a amené de l’eau au moulin récemment avec son rapport Égalité des chances pour les communautés côtières : attribution des quotas de pêche au sébaste et des permis exploratoires de pêche au homard.
L’une des 11 recommandations est que Pêches et Océans Canada (MPO) écrive aux pêcheurs pélagiques pour s’excuser de les avoir exclus des permis exploratoires de pêche au homard et que ces pêcheurs en difficulté soient pris en considération dans les décisions subséquentes. Ces excuses se faisaient toujours attendre au moment d’écrire ces lignes, quelques semaines après le dépôt du rapport.
« On attend toujours. Il y a encore du travail à faire à ce niveau », résume le président du Regroupement, Ghislain Collin.
En soi, cette demande d’excuses est une victoire pour les pêcheurs pélagiques. « C’est un précédent canadien, qu’un petit groupe de pêcheurs aille chercher ça et qu’un comité politisé au complet soit tout au diapason. C’est majeur, du jamais-vu. On a plus besoin de preuves pour démontrer que ça n’a pas été fait de manière correcte. C’est un peu la victoire de David qui tient tête à Goliath. C’est incroyable. »

Moins de politique, plus de scientifique
En commission parlementaire, Ghislain Collin a expliqué que les membres de son association se sont retrouvés dans une situation difficile lorsqu’ils ont appris qu’ils n’étaient pas admissibles à la récente ouverture d’une pêche exploratoire du homard dans la zone ZPH 19, au nord de la Gaspésie, même s’ils pêchent et travaillent souvent de ce côté de la péninsule.
Les membres du RPPPSG acceptaient que soient exclus ceux d’entre eux qui avaient vendu un permis de pêche aux crustacés depuis 2014, mais ils espéraient que les 11 autres membres seraient admissibles aux permis exploratoires. Ghislain Collin a ajouté que les membres auraient accepté les résultats du tirage au sort, mais qu’on ne leur a pas donné la chance d’y participer.
Une autre recommandation du rapport du Comité permanent des pêches et des océans indique que Pêches et Océans Canada devrait dorénavant fonder ses décisions d’octroi des permis et des quotas non pas sur des considérations politiques, mais sur les données scientifiques et les implications socioéconomiques.
Lueur d’espoir
Les conclusions de ce rapport sont de bon augure pour la suite des choses, selon le RPPPSG. Celui-ci a bon espoir qu’il fasse débloquer les choses et que des quotas leur soient alloués dans un futur rapproché.
” Ça peut être le merlu argenté, cite en exemple Ghislain Collin. Ça pourrait être notre ressource à nous. Ce qu’on veut ultimement, c’est juste d’aller pêcher et retourner sur l’eau. On est prêts à aller faire de la pêche sentinelle ou scientifique ou avoir les prochains permis exploratoires au homard. On doit être priorisés. “
Ultimement, les pêcheurs pélagiques de la Gaspésie espèrent sortir du marché de l’appât pour le hareng et le maquereau, afin de les pêcher commercialement en valorisant la ressource. D’autant plus qu’ils ont aussi été exclus du Fonds des pêches du Québec, un programme pour la recherche et l’innovation.
” On va pouvoir les vendre aux restaurants pour la consommation humaine. Le maquereau, c’est un voisin du thon et ce n’est pas croyable de mettre ça dans des cages à homard. C’est vraiment excellent. On pourrait avoir un meilleur prix et pas besoin de pêcher à outrance. C’est fini de vendre des beaux poissons à rabais; ce serait du beau poisson pour nourrir le Québec et le Canada. “
” On n’a jamais été proches comme ça. On a tout en main. Si ça ne fonctionne pas, les avocats vont prendre ça de tout cœur.
On reste ouvert à parler au gouvernement et on le fait encore, mais s’ils nous niaisent, on a tout pour pouvoir foncer “, conclut Ghislain Collin.
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