Au coeur de l’opération de sauvetage

Par Jean-Philippe Thibault 2:45 PM - 9 avril 2026
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Le secteur des Baguettes du mont Lyall lors de la journée de l'incident. Photo Avalanche Québec

Le dimanche de Pâques, Grégoire Cholat-Namy et deux de ses amis profitaient d’une belle journée en plein air dans la réserve faunique des Chic-Chocs – enneigée à souhait de surcroît – lorsqu’ils ont croisé le chemin d’un homme qui venait de s’extirper d’une avalanche.

Son groupe de quatre skieurs a été impliqué dans un accident près du secteur des Baguettes, au mont Lyall, vers 14 h. L’accident serait survenu lors de la montée du groupe, dans la piste de montée qui circule près de l’entrée du secteur de glisse. Une personne a été partiellement ensevelie et une adolescente a été gravement blessée, avec des fractures aux deux jambes.

Heureusement pour elle, Grégoire Cholat-Namy est guide professionnel pour l’Auberge des Chic-Chocs. Ce dernier profitait d’une journée de congé bien méritée pour s’amuser dans le terrain de jeu du mont Lyall, avec ses pitchs et ses zones réputées pour être agréables à skier en forêt. L’amie qui était avec lui en ce congé pascal est médecin. Le troisième acolyte de leur groupe est patrouilleur.

Grégoire Cholat-Namy. Photo Événements Gaspésia – Pierre-Mark Lavoie

Là au bon moment

C’est à la fin de leur deuxième descente qu’ils ont croisé un des accidentés, qui avait eu le temps et le réflexe de se rendre au baril de sécurité du mont Lyall pour aller chercher une civière de sauvetage. Ce baril de sécurité contient notamment des couvertures et des équipements d’intervention d’urgence. Il est situé dans un endroit stratégique de ce secteur des Chic-Chocs, à la rencontre des secteurs névralgiques.

« L’équipement qu’il était allé chercher est quand même spécifique à utiliser, alors ça m’a mis un doute. J’ai interpellé l’homme qui nous a expliqué qu’une jeune fille s’était blessée aux deux jambes suite à une avalanche dans le haut de la montagne. J’ai compris qu’il ne savait pas trop comment utiliser cet outil-là, qui n’était peut-être pas le meilleur pour le genre d’action qu’il avait en tête », explique Grégoire Cholat-Namy, qui réside à Gaspé depuis quelques années déjà.

Le trio a donc naturellement proposé à l’homme de l’aider et l’a accompagné jusqu’à la victime, qui était avec son père. Grégoire Cholat-Namy a pris la situation en charge avec la préparation des moyens d’évacuation et l’affectation des tâches aux autres personnes qui sont arrivées par la suite. Une vingtaine de personnes ont graduellement mis l’épaule à la roue.

Une partie des autres skieurs a, par exemple, été dirigée vers l’observation de suravalanche. Ce phénomène naturel se veut le déclenchement d’une avalanche secondaire, qui se produit après une première avalanche.

Pendant ce temps, ses deux acolytes se sont parallèlement attardés à la victime pour un examen de santé et son immobilisation. Une partie du groupe qui possédait des radios a établi les communications avec les services d’urgence. D’autres skieurs ont été dédiés à la préparation d’un itinéraire d’évacuation, en tapant le sentier à emprunter avec la victime.

 « Il y a quatre ou cinq petits groupes qui se sont formés, explique le guide professionnel. Nous, on a fait les gestes de premiers soins avec le papa qui était un peu en état de choc, mais qui se gérait bien. On a immobilisé et isolé du froid la jeune fille, puis on a tracté les deux jambes pour les réaligner, notamment la gauche, qui avait clairement une fracture du fémur. La droite, on n’était pas certain parce que le genou était hyper enflé. On ne savait pas s’il y avait une luxation du genou ou une fracture de fémur en amont, donc on l’a tracté aussi. »

Il s’est déroulé environ 2 h 30 entre le premier contact de la victime et le transfert aux ambulanciers, à quelque 250 m de dénivelé plus bas, sur une distance d’environ 1,5 km.

S’il a patrouillé dans le passé en France avec des équipements de pointe et des services d’hélicoptère, il s’agissait de la première expérience du genre au Québec pour Grégoire Cholat-Namy. « En mode remote country comme ça, c’était ma première évacuation de cas grave. Mais on fait beaucoup de simulations dans les cours d’avalanche et les requalifications de premiers soins. Je l’avais pratiqué beaucoup, mais ça reste une première avec un vrai patient. »

Travail d’équipe

L’homme tient d’ailleurs à souligner qu’il était loin d’être le seul à être apte à coordonner les effectifs et que tout le monde était bien préparé en cette journée de Pâques, avec notamment des trousses de premiers soins, des traîneaux souples, des matelas isolants ou tout le matériel d’évacuation nécessaire. « Je suis arrivé en premier alors j’ai un peu naturellement pris le contrôle, mais il y avait d’autre monde sur place avec des traîneaux d’évacuation personnels et des radios. Tout le monde était vraiment à son affaire et c’est ce qui a fait le succès de l’évacuation. Dans les circonstances, ça s’est bien déroulé. Sinon, ça aurait l’enfer. Tout le monde a contribué à la hauteur de son expertise. C’est un bel exemple de mobilisation citoyenne en milieu rigoureux. Honnêtement, bravo à tout le monde! »

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