Il était 15 h 05, un lundi de mars ensoleillé, qui s’était paré de ses atours de printemps, quand une camionnette Ford F-150 a bifurqué sur le trottoir du boulevard Saint-Benoît à Amqui, pour faucher tout ce qui se trouvait sur son passage. Onze piétons n’ont pu éviter l’attaque, qui a arraché la vie à Gérald Charest, Jean Lafrenière et Simon-Guillaume Bourget, tout en blessant huit autres personnes. Ce 13 mars 2023, en quelques secondes d’horreur absolue, une communauté entière perdait sa quiétude.
Trois ans sont passés. Les cloches de l’église Saint-Benoît-Joseph-Labre sonneront assurément le 13 mars à 15 h 05. Amqui se souviendra, comme elle se souvient chaque année, avec la même douleur au creux du ventre et la même détermination à ne rien effacer.
Trois ans après l’impensable
Amqui n’aurait jamais imaginé qu’une telle attaque puisse se produire dans son centre-ville. Lovée dans une vallée de forêts et de rivières, Amqui se croyait à l’abri du pire. Personne n’aurait pu prévoir que la belle Vallée de La Matapédia puisse être témoin d’une horreur sans nom, inexplicable. Ce sentiment d’invulnérabilité, propre aux communautés rurales, s’est effondré avec les illusions des Matapédiens.
Comment peut-on croire qu’un tel acte prémédité, calculé, incompréhensible ait pu se produire dans une ville de quelque 6000 habitants ? Comment quelqu’un peut-il en arriver à déverser sa haine sur de purs inconnus qui prenaient l’air en plein après-midi de mars ?
La lente et douloureuse reconstruction
Amqui reste marquée par le deuil, par le lourd silence du boulevard Saint-Benoît, où l’on ne marche plus avec la même paix d’esprit. Quelques heures après le drame, un homme m’avait d’ailleurs raconté qu’il avait marché le matin du 13 mars avec l’un de ses amis qui, dans l’après-midi, est décédé sous les roues du camion-bélier. L’Amquien avouait continuer à marcher tous les jours, sans pouvoir toutefois s’empêcher de penser à ce sinistre événement.
La guérison d’une collectivité ne se commande pas. Elle se construit lentement, autour de gestes symboliques et d’une solidarité qui a surpris tout le monde par sa force.
La Ville d’Amqui a dévoilé une structure commémorative lors du deuxième anniversaire de la tragédie. Elle représente les trois victimes décédées parmi d’autres silhouettes symbolisant la communauté tout entière. Un monument ancré dans le sol, le long du boulevard où s’est joué le drame. Une façon de dire qu’on n’oublie pas et que la vie continue.
L’une des trois victimes, Simon-Guillaume Bourget, a sauvé la vie de trois personnes grâce au don d’organes. Même dans la mort, il a permis que la vie d’autres personnes puisse continuer. Ce geste héroïque résume peut-être ce que la communauté d’Amqui a cherché à incarner depuis trois ans : que de la tragédie peut naître quelque chose de lumineux.
Contexte différent
Le troisième anniversaire de la tragédie survient dans un contexte différent des deux précédents. En juin 2025, les 12 jurés ont cru la thèse de la Couronne. Le verdict a été unanime. L’auteur de l’ignominie est à l’ombre pour au moins 25 ans.
Pour la mairesse, ce verdict était le soulagement que tout le monde attendait. Sylvie Blanchette souhaite maintenant que les gens puissent refermer les tiroirs des mauvais souvenirs pour en ouvrir de nouveaux, plus beaux. Si Amqui n’oubliera jamais, elle avance avec moins de poids.
Si le troisième anniversaire n’est pas la fin du deuil, il est peut-être le début d’un chapitre différent pour Amqui qui, depuis tout ce temps, prouve à tout le Québec que la résilience n’est pas un mot vide. C’est un choix qu’on renouvelle chaque matin, en remettant ses bottes et en reprenant le trottoir du boulevard Saint-Benoît.
Gérald, Jean et Simon-Guillaume demeurent présents à jamais dans la mémoire d’Amqui.
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