La crevette en légère augmentation

Par Johanne Fournier 12:45 PM - 20 mars 2026
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La crevette nordique est une des espèces les plus impactées par le réchauffement des eaux. Photo Seafood Canada

Après des années de déclin, les stocks de crevettes nordiques de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent montrent des signes d’amélioration. C’est ce que révèle le dernier relevé scientifique réalisé à l’été 2025 par les biologistes de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML) de Mont-Joli.

Sur la base de ces résultats, la ministre fédérale des Pêches, Joanne Thompson, pourrait annoncer prochainement un total autorisé des captures de 5685 tonnes pour la prochaine saison, soit une hausse de 49 % par rapport à celui de 3809 tonnes de l’an dernier.

Les crevettiers ne sont cependant pas au bout de leur peine en comparaison des 30 745 tonnes qui avaient été ramenées à quai 10 ans plus tôt, en 2016. Depuis, les débarquements n’ont cessé de diminuer jusqu’à atteindre un creux historique en 2024.

Amélioration fragile

« Les résultats nous ont montré que le stock de la zone Estuaire se porte bien, explique le biologiste de l’IML chargé de l’évaluation scientifique pour Pêches et Océans Canada, Hugo Bourdages. Il est dans la zone saine de l’approche de précaution, alors que les stocks de Sept-Îles, Anticosti et Esquiman sont toujours dans un état préoccupant. »

Ces trois derniers stocks demeurent dans la zone critique, mais affichent une nette remontée depuis leur creux historique. « On voit une amélioration, note le scientifique. Elle ne se voit pas seulement dans le relevé scientifique, mais aussi dans la pêche commerciale. En 2025, les pêcheurs ont eu de meilleures captures au quotidien. »

Parmi les facteurs explicatifs, la réduction de la prédation par les sébastes joue un rôle déterminant. Après avoir atteint un sommet en 2019, la biomasse de sébastes a diminué d’environ 50 % en cinq ans, allégeant d’autant la pression sur la crevette nordique.

Malgré tout, le recrutement, soit l’abondance de jeunes crevettes, reste faible dans les quatre zones depuis cinq ans, ce qui tempère tout optimisme excessif quant à la vigueur à long terme des stocks.

La crevette s’adapte, mais perd du terrain

Si la crevette nordique du golfe du Saint-Laurent montre une certaine résilience face aux bouleversements de son environnement, la perte d’habitat qu’elle subit soulève de sérieuses inquiétudes pour l’avenir de la ressource.

«  Ça fait une quinzaine d’années que la crevette nordique subit le changement climatique », souligne Hugo Bourdages, biologiste à l’Institut Maurice-Lamontagne. Dans les zones Estuaire et Sept-Îles, la crevette a migré vers des profondeurs moins importantes afin de fuir des eaux trop chaudes et appauvries en oxygène dissous.

Un habitat qui rétrécit

Les conséquences sur l’habitat sont frappantes. Dans la zone Sept-Îles, la superficie où se concentre 95 % de la biomasse est passée de 30 000 km2 il y a une décennie à seulement 10 000 km2 aujourd’hui. Dans la zone Estuaire, la superficie est passée de 4000 à 1500 km2.

Dans les zones Anticosti et Esquiman, situées plus à l’est, la crevette n’a pas encore atteint sa limite de tolérance thermique. Pour l’instant, elle demeure dans son habitat traditionnel. La perte de son environnement est moindre que dans les autres zones.

Mais, les projections climatiques à long terme restent préoccupantes. « Si on regarde les scénarios du changement climatique à long terme, soit dans 10, 20, 40 ou même 50 ans, les eaux profondes du golfe vont se réchauffer », avertit le chercheur.

Pour les pêcheurs, la concentration de la ressource sur des superficies réduites signifie un terrain de jeu drastiquement réduit : de 15 000 km2 en 2016 à environ 5000 km2 aujourd’hui.

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