La 38e Semaine québécoise de la déficience intellectuelle, qui se tient du 15 au 21 mars, est une occasion de célébrer et de s’ouvrir aux réalités que vivent les personnes ayant une déficience intellectuelle et leurs proches. Elle nous invite aussi à porter un regard différent sur l’inclusion en emploi.
Dans les entreprises adaptées, des femmes et des hommes prouvent chaque jour que compétence et différence ne sont pas incompatibles.
Une imprimerie pas comme les autres
Il y a une dizaine de jours, j’ai poussé la porte d’Alliance, une entreprise d’Amqui récemment acquise par Centrap de Mont-Joli. En apparence, rien ne distingue cette imprimerie d’une autre : des machines qui ronronnent, l’odeur du papier, des montagnes de documents soigneusement empilés.
Fondée il y a plus de 45 ans, Alliance s’est taillé une réputation solide dans l’impression, la reliure, la fabrication de spirales et le publipostage. Avec une centaine de salariés, elle est aujourd’hui considérée comme l’un des plus importants imprimeurs de l’Est-du-Québec.
C’est en observant les employés à l’œuvre que l’on saisit la véritable nature de cet atelier. La majorité d’entre eux vivent avec des limitations. Plusieurs présentent une déficience intellectuelle. Cela n’empêche pas les travaux d’être exécutés avec rigueur, méthode et une réelle maîtrise du métier.
La fierté comme moteur
« On a déjà imprimé et relié des publications pour l’armée américaine », m’a glissé un employé, les yeux remplis de fierté. Dite avec une simplicité désarmante, cette phrase dit tout. Elle est l’affirmation de la fierté du travail accompli, du sentiment d’appartenir à quelque chose de grand, d’être reconnu pour ce que l’on fait, plutôt que pour ce que l’on ne peut pas faire.
En les regardant s’activer, j’ai été touchée par cette évidence : ces personnes ont besoin, comme n’importe qui, de se sentir utiles, de contribuer, d’avoir une place reconnue dans la société. Ce que l’entreprise adaptée leur offre va bien au-delà d’un salaire. Elle leur restitue une dignité, un rôle, une identité sociale. Puis, ces travailleurs le lui rendent bien : par leur assiduité, leur fiabilité et leur capacité remarquable à maintenir un niveau de qualité constant, même lors des tâches les plus répétitives.
Des citoyens à part entière
Ces hommes et ces femmes ne vivent pas de l’aide sociale. Pour la plupart, ils habitent en appartement, possèdent parfois une voiture, acquittent leurs impôts et paient leurs taxes. Ils participent concrètement à l’économie de leur région. En ce sens, l’entreprise adaptée n’est pas un filet de sécurité : c’est un levier d’émancipation.
De son côté, l’État y trouve son compte. En soutenant la réinsertion professionnelle de personnes qui auraient pu rester à l’écart du marché du travail, les pouvoirs publics réalisent des économies substantielles, tout en enregistrant des recettes fiscales. Ici, l’inclusion n’est pas qu’une valeur éthique : elle est aussi une décision économique rationnelle.
Un modèle à dupliquer
Alliance n’est pas un cas isolé. Disséminées aux quatre coins de notre région, d’autres entreprises adaptées poursuivent la même mission, avec le même dévouement. Elles ont en commun une vision audacieuse : celle que chaque personne, quelles que soient ses limitations, peut apporter de la valeur à un collectif de travail.
Pourtant, ces entreprises demeurent trop peu nombreuses. La demande dépasse largement l’offre. Des dizaines de personnes vivant avec une déficience intellectuelle attendent une place dans un milieu de travail adapté. Il appartient à la société civile, aux élus et au monde des affaires de s’inspirer de ce modèle et de le reproduire, partout où c’est possible.
Changer de regard
La 38e Semaine québécoise de la déficience intellectuelle nous rappelle que l’inclusion ne s’arrête pas aux portes des écoles ou des organismes communautaires. Elle doit traverser aussi celles des entreprises, car c’est dans l’exercice d’un métier, dans le regard de ses collègues et de ses clients que chaque individu construit, jour après jour, le sentiment de valoir quelque chose.
En quittant l’atelier d’Alliance, j’ai pensé à tous ceux qui, dans notre société, sont encore tenus à l’écart, non par manque de volonté, mais par manque d’occasions. Le chemin est long. Mais, des entreprises comme Alliance montrent que ce chemin est possible.
Bonne Semaine de la déficience intellectuelle!
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