Le 28 février, alors que les négociations diplomatiques semblaient encore possibles, les missiles ont parlé à la place des diplomates. Les États-Unis et Israël ont lancé ce que Donald Trump a qualifié d’« opérations de combat majeures » contre l’Iran, marquant une escalade spectaculaire des tensions. En quelques heures, le Moyen-Orient a basculé dans une nouvelle phase d’un conflit couvant depuis des années. Avec lui, les réseaux sociaux s’embrasent, mais d’un tout autre feu.
Ces frappes tranchent avec la rhétorique anti-interventionniste de Trump, mise de l’avant durant sa campagne de 2024, lui qui déclarait vouloir en finir avec les « croisades de nation-building ». En un an, il a pourtant ordonné plus de frappes que Joe Biden durant ses quatre années de mandat, bombardant sept pays depuis son retour à la Maison-Blanche.
Trump a accusé l’Iran de développer des missiles capables de menacer l’Europe et les États-Unis. Lors des dernières négociations, Téhéran avait refusé d’aborder la question de son programme balistique.
La vérité, première victime du conflit numérique
Pendant que les bombes tombent sur Téhéran, une autre guerre fait rage sur les réseaux sociaux. Celle-là, tout le monde peut y participer.
Peu après les premières frappes, des comptes prorégime ont diffusé une vidéo du guide suprême s’exprimant à la caméra pour « prouver » qu’il était toujours en vie. En réalité, cette séquence datait du 12 février, lors du discours du 47e anniversaire de la Révolution islamique. Quelques heures plus tard, les médias d’État iraniens ont confirmé sa mort.
Une photo montrant le corps de Khamenei sous des décombres atteint 15 millions de vues. En réalité, il s’agit d’une image générée par l’intelligence artificielle (IA), tirée d’une vidéo datant du 3 janvier, qui mettait en scène une attaque fictive sur Téhéran.
L’IA, nouvelle arme de propagande
Le groupe américain de surveillance NewsGuard a identifié sept vidéos générées par l’IA prétendant montrer des manifestations iraniennes, qui ont cumulé 3,5 millions de vues sur les plateformes en ligne. L’explication est glaçante : plus de 90 millions d’Iraniens sont coupés du monde, privés d’Internet par leur gouvernement. Dans ce vide informationnel, l’IA fabrique ce que les caméras ne peuvent plus filmer.
Une vidéo d’un sous-marin iranien lançant des missiles a réapparu sur les réseaux sociaux. Celle-ci date de mars 2022 et avait été diffusée par le ministère de la Défense russe. Présentées comme des célébrations des frappes israéliennes, d’autres vidéos montrent des Iraniens qui chantent et qui dansent. En réalité, ce sont des images captées lors des festivités du Nouvel An perse.
Tous les camps s’y adonnent : le régime iranien, l’opposition en exil jusqu’au gouvernement israélien, dont le ministère des Affaires étrangères, qui a publié une photo retouchée montrant un policier menaçant des manifestants, alors que l’original le montrait tenant un mégaphone.
Qui vérifie, qui croit, qui partage?
Face à ce déluge de fausses images, les cellules de vérification de faits peinent à suivre le rythme. Une vidéo spectaculaire présentée comme une frappe iranienne date de 2015, lors de l’explosion industrielle de Tianjin en Chine. Un missile s’abattant sur Tel-Aviv de nuit est entièrement généré par l’IA.
Dans les guerres contemporaines, la bataille de l’image précède et accompagne la bataille de terrain. Chaque missile réel s’accompagne de dizaines de faux missiles amplifiés. Dans ce brouillard numérique, l’opinion publique forge ses convictions sur des mensonges. La guerre en Iran ne se livre pas seulement dans le ciel de Téhéran. Elle se mène aussi, pixel par pixel, dans la paume de nos mains.
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