Le poste de Chandler passe à la trappe
Le bureau de Chandler compte deux agents de protection de la faune. Photo courtoisie MELCCFP
Le bail n’a pas été renouvelé avec l’actuel propriétaire du bâtiment qui accueille le bureau d’agents de protection de la faune à Chandler.
Québec demandait la reconduite d’une entente annuelle. Le propriétaire voulait pour sa part un bail de cinq afin d’être certain de rentabiliser des investissements de plusieurs dizaines de milliers de dollars pour remettre à niveau ses bureaux, dont des rénovations pour l’entreposage d’armes à feu. Québec a décidé de prendre la voie de la sortie. Le ministère de la Faune n’aura donc plus de pied à terre à Chandler dès le début du mois de juillet. Le propriétaire a déjà reçu un avis de non renouvellement de bail.
« C’est la fin des opérations à Chandler, c’est sûr et certain, se désole le maire Gilles Daraîche. J’ai parlé à des agents qui ont reçu la même information. C’est une très mauvaise décision. Il y a près de 60 % des opérations qui sont faites en Gaspésie dans le temps de la chasse et de la pêche par le poste de Chandler. C’est très gros et on est perdants là-dedans. Au pire, ils auraient pu les relocaliser ailleurs, mais le but, c’était de fermer le service à Chandler. Point final. Et c’est ce qui semble arriver. »
Pour le syndicat des agents de protection de la faune du Québec, il s’agit malheureusement d’un autre signe de la lente érosion des services en Gaspésie, alors que 24 agents de protection de la faune ont déjà servi simultanément à Chandler et auparavant à Pabos. Rappelons que le ministère a aussi décidé de fermer en catimini le bureau régional de la faune de Grande-Vallée en 2024, où aucun agent n’était cependant en poste depuis 2018.
« Le propriétaire, ça lui prend des garanties pour investir. C’est normal, note Martin Perreault, président provincial du syndicat. On luit pitche ça sur le dos, mais il y a d’autres endroits dans la province que c’est plus qu’un an. »

Le ministère tente de se faire rassurant
Les deux bureaux restants à Gaspé et New Richmond seront séparés de 217 km, soit plus de 2 h 30 de déplacement.
« La distance est très grande et on a beaucoup de chasseurs, de lacs, ajoute le maire Daraîche. Il y a du braconnage, de la pêche sans permis. J’avais interpellé notre députée l’an dernier [Catherine Blouin] parce qu’on avait déjà des échos de ça. Elle a fait une intervention au ministère et ça ne semblait pas un enjeu, avec l’ajout peut-être même d’un agent, mais ce n’est pas ça qu’on a eu du tout. »
Le ministère de la Faune tente pour sa part de se faire rassurant. L’organisation indique que la couverture du territoire et le traitement des signalements, ainsi que la sensibilisation de la population dans le secteur de Chandler se poursuivront dans la continuité des activités actuelles. “ Des agents de protection de la faune du District Sud-Est sont mobilisés au moment opportun et au bon endroit selon les enjeux fauniques. Ces actions se font en collaboration avec l’ensemble des agents de protection de la faune de la province, en tenant compte de la priorisation des enjeux faunique ”, note par courriel le ministère.
Pour Martin Perreault, ce n’est cependant que de la poudre aux yeux. « Comment on peut faire tout ça si on a pu de monde ? Ce n’est pas quelqu’un dans une tour à Québec qui va faire la planification organisationnelle à Chandler. Ça n’arrivera jamais. Même si nos techniques se sont peaufinées, c’est sur le terrain que tu pognes le monde. T’as beau partir une enquête sur les réseaux sociaux, tu l’interrogeras pas sur Messenger. Tu dois faire le travail sur le terrain », rétorque le syndicaliste.
Le territoire faunique de la Gaspésie est surveillé par seulement 12 agents (incluant une ressource aux Îles-de-la-Madeleine). Celui du Bas-Saint-Laurent en compte 17, dont la moitié (9) à Rimouski. Les autres du District Sud-Est sont basés dans Chaudière-Appalaches.
Le ministère ajoute que leurs outils et leurs méthodes de travail ont été modernisés. « Nous pouvons maintenant compter sur des technologies de pointe, une capacité accrue en matière d’enquête, une pratique de renseignement améliorée et une planification opérationnelle axée sur les enjeux fauniques. Ces avancées, combinées à la collaboration du public, permettent des interventions ciblées et rapides en fonction des signalements reçus et de l’évolution des menaces, et ce, pour assurer la protection des espèces et de leurs habitats, prévenir les activités illégales et maintenir la confiance des citoyens envers nos actions. »
Encore une fois, rien pour convaincre le président du syndicat. « Avec ce qu’on voit là, c’est encore plus de la bullshit honnêtement. Si on amène 125 agents en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent sept jours pendant la chasse pour des grosses actions provinciales concertées depuis trois ans, c’est parce qu’il y a du travail à faire ! Après ça, il y en a encore du travail, mais le monde se retrouve tout seul. »
Martin Perreault est d’avis que ce n’est peut-être que la pointe de l’iceberg. La nouvelle a été partagée l’an dernier que le bail du bureau de Causapscal n’était pas renouvelé au-delà de 2027. « Après ça on va fermer Causapscal. Sainte-Anne-des-Monts commence à être dans les rumeurs. Est-ce qu’on va finir avec un seul bureau au milieu de la Gaspésie ? Ça prend du monde sur le terrain pour recevoir les plaintes et les signalements, créer des liens et te faire un réseau d’informateurs. Ce qui a été fait dans le passé est en train de se défaire dans les dernières années. »
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