Ingérence dans le travail des agents?

Par Jean-Philippe Thibault 4:35 PM - 3 mars 2026
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De l'avis de plusieurs, les agents des pêches subiraient des pressions politiques dans leur travail au quotidien. Photo MPO

Les révélations apportées en fin de session parlementaire sur certaines inactions des agents des pêches ont provoqué une réflexion sur l’efficacité de leur travail.

Lors du Colloque des pêches organisé par le Bloc québécois le 1er et 2 mars aux Îles-de-la-Madeleine, Alexis Deschênes est revenu à la charge pour exposer certaines situations vécues sur le terrain et tenter d’apporter des solutions.

Jean-Sébastien Vacher, un pêcheur commercial de Sept-Îles et lui-même ancien agent des pêches, avait jeté un pavé dans la mare devant le comité permanent des pêches en disant être victime de menaces auprès de pêcheurs illégaux et que ses signalements auprès des autorités fédérales étaient restés lettre morte.

« J’ai dénoncé et il n’y a pas eu d’action ; pas d’enquête. Ils laissent le dossier mort. J’ai demandé les raisons au dernier comité consultatif sur le homard et l’agent des pêches me dit qu’il avait des ressources limitées. C’était très clair que dans le cas des Autochtones, on ne les touchait pas. C’était la directive. On ne veut pas de problème », expliquait-il en précisant avoir une très bonne relation avec le Conseil des Innus, qui ne voulait pas lui non plus de braconnage.

Pascal Harvie, ex-agent des pêches de 2000 à 2005 aux Îles-de-la-Madeleine, sur la Côte-Nord, en Gaspésie et dans les provinces maritimes, abonde dans le même sens.

« Je ne sais pas pour maintenant, mais dans mon temps on avait ordre de ne pas toucher ce qui était autochtone. Dans les six ans qu’on a été là, je suis pas mal certain qu’on n’en a arrêté aucun. Il faut que tu fasses ce qu’ils te disent de faire sinon tu t’en vas », explique-t-il en faisant référence à ses supérieurs.

Il semble donc y avoir une ingérence qui empêche les agents des pêches d’appliquer la loi de manière équitable. Le député Alexis Deschênes a cité une bonne dizaine de personnes à l’interne qui corroboraient ces deux témoignages.

« On s’aperçoit qu’il y a de l’interférence politique. Les agents n’ont pas la liberté d’agir. Ils n’interviennent pas pour des raisons politiques ; des pressions de la haute direction du MPO. »

Véronique Chadillon-Farinacci, Pascal Harvie et Alexis Deschênes lors du Colloque sur les pêches à Cap-aux-Meules. Photo Jean-Philippe Thibault

Bien paraître

Professeure en criminologie de l’Université de Moncton et ancienne analyste en renseignement à la police de Montréal, Véronique Chadillon-Farinacci s’intéresse depuis sept ans à l’application de la loi sur les pêches.

Elle a épluché des milliers de pages de courriels grâce à des demandes d’accès à l’information, colligé des dizaines de témoignages sur le terrain et rencontré de manière anonyme des agents des pêches pour avoir un portrait le plus fidèle possible de la situation, notamment dans le déploiement des communications internes. Elle cite en exemple la saison mouvementée de la pêche à la civelle en 2023 en Nouvelle-Écosse.

« Dans les correspondances, la majorité du temps, ça concerne la haute direction et le bureau de la ministre, et à parts égales la haute direction et les relations avec les médias. Il n’y a pas grand-chose qui descend vers les agents des pêches alors qu’il y a des gens armés sur les rivières. Dans ce cas, j’en conclus que c’est plutôt axé sur le travail de l’image avec les journalistes. Les agents des pêches sont peu présents, même quand on prépare la saison. Plusieurs indices nous disent qu’il y a peut-être un climat qui n’est pas prompt à la communication. »

« Le MPO met beaucoup d’effort au niveau des communications pour bien paraître, renchérit Alexis Deschênes. Un agent des pêches de la Nouvelle-Écosse voulait témoigner à titre individuel devant le comité permanent des pêches et il a reçu un appel en provenance de son ministère qui lui a rappelé avoir un devoir de loyauté et que c’est difficile de payer ses factures sans avoir de job… »

Pour un code de déontologie

Les agents des pêches ont des pouvoirs étendus, mais peu encadrés, notent plusieurs acteurs du milieu, ce qui laisse place à des interprétations et des pratiques discrétionnaires. Il y aurait un manque de clarté sur les rôles et responsabilités des agents des pêches, ce qui créerait des tensions avec les communautés et les pêcheurs.

Véronique Chadillon-Farinacci propose de mettre sur pied un code de déontologie qui encadrerait clairement leur travail, sans possibilité de pression politique. Tous les acteurs de l’industrie réunis à Cap-aux-Meules ont appuyé cette idée, incluant le député Deschênes et le chef Yves-François Blanchet – présent pour l’occasion – qui apporteront certainement cette idée à Ottawa.

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