Manque de chasseurs de phoque

Par Jean-Philippe Thibault 8:50 PM - 2 mars 2026
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Un chasseur de phoque sur la banquise. Photo ACPIQ - Yoanis Menge

Depuis plus de 20 ans, à la boucherie spécialisée Côte à Côté à Cap-aux-Meules, les Madelinots et les touristes peuvent se procurer des produits à base de loup-marin, comme il est communément appelé sur l’archipel.

Les saucissons secs et les burgers de phoque sont très populaires, notamment. Si le marché demeure marginal – environ 3000 loups-marins sont chassés chaque année selon l’Association des Chasseurs de Phoques Intra-Québec (ACPIQ) – une percée pourrait être faite chez les grandes bannières, estime Sandra Gauthier, directrice générale d’Exploramer à Sainte-Anne-des-Monts, qui a notamment mis sur pied la programme Fourchette bleue pour la valorisation des espèces méconnues et moins mangées du Saint-Laurent.

« Au moment où on se parle, concrètement, il y a plus de demandes pour la viande de phoque que de viande disponible sur les marchés », lance-t-elle de but en blanc. Selon elle, les chefs de la province et les institutions sont chaudes en ce moment pour les produits du loup-marin.

« Il en faudrait plus, et vite à part ça parce que des chaînes comme Metro m’appellent pour avoir du phoque sur leurs tablettes pour du prêt-à-manger. Ils veulent donc de la viande de deuxième ou troisième transformation. Alors avant même de penser à l’Europe ou l’Asie, il y a le marché local à développer. Et une fois qu’on lui aura donné une aura de luxe, là ça va valoir cher sur les marchés internationaux. »

Les populations de phoques sont abondantes dans l’est du Canada. Photo Johanne Fournier

Relève difficile

S’il y a une réelle volonté pour développer ce marché, il faudra assurément de la relève, ce qui risque d’être compliqué. Dans la règlementation actuelle, un apprenti chasseur doit faire des sorties deux années consécutives avec un chasseur qui a lui-même son permis commercial. Le hic, c’est que sur 400 permis actifs aux Îles-de-la-Madeleine par exemple, environ une douzaine de chasseurs seulement sont actifs.

En Gaspésie, sur une vingtaine de permis commerciaux, seulement deux ou trois personnes sont actives, selon Gil Thériault, le président de l’ACPIQ. « Est-ce que ça leur tente vraiment d’avoir un apprenti ces gens-là ? Est-ce qu’ils ont le temps ? Donc tu dois venir aux Îles pour trouver quelqu’un, essentiellement. C’est très compliqué de repartir la machine. La ressource est là, mais la règlementation est tellement lourde que ça plombe les activités de chasse. »

Gil Thériault, président de l’ACPIQ. Photo Jean-Philippe Thibault

Valorisation en Haute-Gaspésie

Un centre de valorisation du loup-marin est en incubation en Haute-Gaspésie. Différents partenaires comme la MRC, GÎMXPORT et l’Association des Capitaines Propriétaires de la Gaspésie (ACPG) sont dans le coup. Le but est de valoriser la carcasse dans son entier, de ce côté du Saint-Laurent.

D’autant plus que des régions comme la Gaspésie et la Côte-Nord n’ont pas d’abattoir directement sur leur territoire (quoique le phoque arriverait déjà mort, ce qui nécessite tout de même un permis spécial dit de passer-outre délivré par Québec).

« On est en train d’essayer de débloquer ce nœud-là, précise Gil Thériault. Il y a du monde intéressé. La vente se passe bien à petite échelle comme aux Îles, bien qu’on manque de produits. Il y a aussi le fait que pour l’instant on prend la moitié de l’animal et le reste est jeté. Ce n’est pas idéal pour l’économie et l’écologie. »

Un projet de distillateur peu polluant pour extraire de l’huile de phoque est aussi dans le collimateur. « On a des initiatives à gauche et à droite, mais ça manque de porteurs de ballons. C’est ultra politisé. Où ça achoppe, c’est la volonté politique. La journée qu’il y en aura, on a toutes les gens en place. C’est là où on est rendus. Avec un peu de financement, on serait capables de mettre la filière en place avec quelque chose de structuré », conclut le président de l’ACPIQ.

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