À Matane comme en France, une même vérité est insoutenable : les violences sexuelles collectives ne sont pas des aberrations isolées. Elles sont le fruit d’une culture qui les rend possibles.
Le 22 août, à Matane, une personne de moins de 16 ans aurait été victime d’un viol collectif perpétré par sept adultes âgés de 26 à 39 ans. Ces individus font face à sept chefs d’accusation, notamment d’agression sexuelle grave. Certains d’entre eux sont également accusés d’avoir administré une substance stupéfiante à la présumée victime.
Depuis que la nouvelle a éclaté au grand jour, Matane est ébranlée. Mais, cette onde de choc, aussi légitime soit-elle, soulève une question inconfortable : comment une telle horreur a-t-elle pu se produire ?
Culture tenace
On cherche toujours à faire de ces événements des incidents isolés, des actes commis par des monstres. Mais, ce n’est que pur mensonge.
Les accusations portées contre les sept adultes à Matane comprennent des actes commis collectivement contre une présumée victime mineure qui aurait été séquestrée, droguée et agressée. Il s’agirait donc du comportement coordonné d’un groupe qui aurait décidé qu’une adolescente puisse être traitée comme une chose.
La culture du viol est tenace. Elle se construit dans les blagues qu’on laisse passer, dans la pornographie qui normalise la violence, dans les questions que l’on pose aux victimes, dans le silence que l’on impose aux survivantes au nom de leur réputation ou de celle de leur famille.
Un monde qui ne veut pas voir
À des milliers de kilomètres de Matane, une histoire sordide continue de résonner. Gisèle Pélicot a été droguée et violée pendant plus de neuf ans par son ex-mari, Dominique Pélicot, qui recrutait des complices sur Internet à son insu. Lors du procès de Mazan, où une cinquantaine d’hommes étaient au banc des accusés, Gisèle Pélicot a refusé l’anonymat et a exigé l’ouverture des portes du tribunal pour que « la honte change de camp ».
Cette battante vient de publier ses mémoires intitulés Et la joie de vivre, écrits avec la journaliste Judith Perrignon. Elle y décrit la sidération, la douleur, la fatigue, mais aussi sa reconstruction. Ce livre paraît au moment même où Matane panse ses plaies. Coïncidence troublante ou rappel cinglant que la géographie ne change rien à la nature du crime ?
Silence complice
Au-delà des faits, quelque chose unit ces deux affaires : le silence. En plus d’être systémique, celui-ci est culturel. Avant même de porter plainte, les victimes d’agression sexuelle savent ce qui les attend : le doute, les questions sur leur comportement, leur tenue, leur degré d’ivresse, leur passé. Au Québec comme en France, le taux de dénonciation des agressions sexuelles demeure désespérément bas et les condamnations sont rares.
Gisèle Pélicot a elle-même fait face aux mêmes types de questions que d’innombrables victimes de viol avant elle, malgré la reconnaissance sociale et le soutien dont elle bénéficiait à l’extérieur de la cour. Si une femme portée en icône internationale n’échappe pas au blâme, qu’en est-il de celles qui ont peur de parler ?
Apprendre la signification du consentement
L’affaire de Matane ne concerne pas seulement Matane. Elle nous interpelle tous, nous qui vivons dans des communautés où des personnes peuvent se retrouver dans des situations dangereuses, sans que personne ne tire la sonnette d’alarme.
Cessons de traiter les violences sexuelles comme de simples faits divers et reconnaissons-les pour ce qu’elles sont : les symptômes d’un problème collectif qui exige des réponses collectives.
Souhaitons de meilleures ressources pour les victimes, que la justice prenne au sérieux leurs témoignages et, surtout, rêvons d’une culture qui cesse de protéger les agresseurs. Entre-temps, il faudra apprendre la signification du consentement.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.