Jeux olympiques de Milan-Cortina

Des patineurs artistiques olympiques habillés par un Gaspésien

Par Johanne Fournier 12:00 PM - 18 février 2026
Temps de lecture :

Marc-Olivier Delorme English conçoit les costumes de champions olympiques de patinage artistique. Photo Feeling Mathieu Caron

Patineur professionnel devenu designer de costumes de renommée internationale, le Gaspésien Marc-Olivier Delorme English habille aujourd’hui des champions olympiques depuis l’atelier montréalais Feeling Mathieu Caron.

Tout commence à Rivière-au-Renard, alors que Marc-Olivier chausse ses premiers patins à six ans avec le Club de patinage artistique Les Sylphides. Seul garçon du club à pratiquer le patinage artistique, il fait le choix courageux, dès l’âge de 13 ans, de tout quitter pour Gatineau afin de s’entraîner avec d’autres garçons. Ce mouvement vers l’excellence le mène ensuite sur les plus grandes scènes internationales.

« À 21 ans, je suis parti avec Disney on Ice en tournée pendant huit ans dans différents pays, raconte le Renardois d’origine. J’étais payé pour faire ce que j’aimais le plus : patiner et voir le monde ! »

Mais, derrière le patineur, se cachait un designer en herbe. Dès l’adolescence, Marc-Olivier dessinait des robes de patinage dans ses cahiers de mathématiques. C’est ainsi qu’il a commencé à décorer les costumes des filles de son club, à y poser des pierres une à une, à réfléchir aux couleurs et aux silhouettes. Une double vocation se dessinait ainsi en silence.

L’appel de Mathieu Caron

L’année 2018 marque un tournant dans la trajectoire de Marc-Olivier, lorsqu’il est subjugué par les costumes de Tessa Virtue et de Scott Moir lors des Jeux olympiques de Pyeongchang. Il contacte alors le créateur de ces costumes, Mathieu Caron, pour lui offrir ses services. Mais, la pandémie le ramène à Gaspé en 2020. Les contrats se font rares. Quelques mois plus tard, il prend la route vers Montréal, où le dirigeant de l’atelier de haute couture lui permet d’amorcer une nouvelle carrière.

Depuis deux ans, il est designer coordonnateur à temps plein pour l’atelier Feeling Mathieu Caron. Refusant de couper définitivement ce lien qui l’unit à la glace, il enseigne encore le patinage artistique deux jours par semaine à Montréal. « Je ne vais jamais arrêter complètement d’enseigner parce que c’est quelque chose que j’aime vraiment. »

L’art du costume de compétition

Pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina, l’atelier Feeling Mathieu Caron habille 25 patineurs de 9 pays différents.

Derrière chaque robe, il y a de 50 à 150 heures de travail minutieux et une expertise reconnue mondialement. De son bureau de Montréal, le Gaspésien Marc-Olivier Delorme English habille notamment les athlètes olympiques Niina Petrokina d’Estonie et le Japonais Yuma Kagiyama.

Comme la majorité des patineurs portent deux costumes, l’atelier Feeling Mathieu Caron a fabriqué 42 costumes différents pour les Olympiques 2026. Outre le Japonais Yuma Kagiyama, le couple américain médaillé d’argent en danse Madison Chock et Evan Bates ainsi que les Japonaises Mone Chiba et Ami Nikai arborent des créations québécoises. « On est la seule compagnie dans le monde qui habille autant de patineurs olympiques, souligne le designer originaire de Rivière-au-Renard. On est reconnu mondialement pour notre travail. »

Le secret de ce rayonnement international ? La maîtrise du travail à distance, précise celui qui a fait des tournées autour du monde avec l’équipe de Disney on Ice. Depuis Montréal, l’équipe conçoit des robes et des costumes pour des athlètes du Japon, des États-Unis ou d’Europe grâce à des ajustements par visioconférence, des envois par messagerie internationale et une communication constante avec les patineurs, les entraîneurs et les chorégraphes.

La robe de la semaine

Chaque costume olympique représente un investissement important. Pour les athlètes féminines, il faut prévoir de 4000$ à 7000$ pour une robe. En raison de la moins grande quantité de pierres, un costume pour homme se détaille entre 3000$ et 5000$.

La robe de danse rythmique de Madison Chock, qu’elle a portée lors de l’épreuve par équipes à Milan-Cortina, représentait à elle seule de 40 à 50 heures de pierrage. «  Il y a environ 12 000 pierres Swarovski collées une par une, décrit Marc-Olivier. Ça a été la robe de la semaine ! J’ai eu des réactions de gens qui nous ont écrit de Milan pour nous dire que tout le monde parlait de cette robe. »

Au-delà de l’esthétique, chaque décision du designer doit servir la performance. Le poids du tissu, la liberté de mouvement des épaules, la tenue des pierres à haute vitesse, rien n’est laissé au hasard. « Si la robe est trop lourde, la patineuse ne pourra pas sauter et faire les quatre tours qu’elle doit faire dans les airs », indique Marc-Olivier Delorme English, pour qui l’équilibre entre beauté et biomécanique définit l’excellence de l’atelier au sein duquel il œuvre.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire également

Le futur de la RéGÎM à risque?

Autre étape à la maison de René Lévesque

Rocher-Percé veut se revitaliser

Horizon

Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.