Gaspé tend la main à Ottawa
Le porte-hélicoptère amphibie Mistral de la Marine nationale française lors d'un exercice militaire en mai dans la baie de Gaspé. Photo Ville de Gaspé - Ève Caron
Le vice-amiral Angus Topshee a semé une graine dans les pages du Devoir qui a fait quelques bourgeons. Celui-ci défend l’idée de mettre sur pied une base navale dans le golfe du Saint-Laurent, histoire d’améliorer la représentation des francophones dans le corps de la marine.
Le plus haut gradé de la Marine royale canadienne avançait même quelques options pour établir cette nouvelle base navale au Québec, à commencer par Rimouski et Baie-Comeau. Ou encore au Nouveau-Brunswick.
Le maire de Gaspé a rapidement saisi la balle au bond d’une main avant de lever l’autre pour que la ville soit considérée dans l’équation. Sa publication en ce sens sur les réseaux sociaux a suscité un engouement substantiel auprès de ses commettants avec plusieurs centaines d’interactions et de commentaires, signe que cette idée – bien que très embryonnaire – frappe l’imaginaire.
En toile de fond, le Canada a promis l’an dernier de consacrer 5 % de son PIB aux dépenses militaires d’ici à 2035. Le premier ministre Mark Carney annonçait en juin des dépenses supplémentaires de près de 9,3 milliards de dollars. De l’argent est disponible au fédéral, qui pourrait percoler jusqu’à l’endroit choisi, le cas échéant. « Il y a des perspectives économiques assez énormes qui viennent avec un tel projet », note d’emblée Daniel Côté.
Mais l’idée est-elle à tout le moins faisable ? Où cette base se situerait-elle, et de quelle grosseur ? Pour l’instant, mystère et boule de gomme. « Ça, on ne le sait pas. Il y a plusieurs dimensions possibles et on n’a pas eu de communication directe avec la Marine alors c’est difficile de savoir l’empreinte territoriale, mais j’ai l’impression qu’on parle davantage d’une base auxiliaire. »
« Ne sachant pas ces détails, c’est difficile d’avoir un positionnement clair, mais on doit certainement faire partie des analyses, ajoute le premier magistrat. Ils savent qu’on existe et c’est le pourquoi de notre sortie : pour qu’ils se rappellent de nous. »

Plusieurs variables encourageantes
Daniel Côté énumère toute une série de facteurs qui pourraient jouer en la faveur de Gaspé, qui fêtera son 500e anniversaire en 2034. Un legs d’Ottawa pour le Berceau du Canada ? Pourquoi pas.
Le maire rappelle aussi que le port de Sandy Beach est le deuxième plus grand port naturel en eau profonde au monde et que la base navale de Fort Ramsay a jadis accueilli 5000 militaires lors de la Deuxième Guerre mondiale.
« Si c’était un emplacement stratégique pour protéger l’entrée fluviale du Canada atlantique, des Grands Lacs et même jusqu’au Midwest américain, on doit l’être encore. La géographique n’a pas changé. »
Gaspé est par ailleurs reconnu pour son expertise dans la fabrication de navires de pêches, mais pas seulement. Le Chantier Naval Forillon a récemment livré son 10e et dernier bateau de recherche et sauvetage pour la Garde côtière canadienne; ministère qui l’an dernier a été transféré au ministère de la Défense nationale.
« Quand on met tout ça ensemble, ça commence à faire plusieurs points en notre faveur. Les autres villes ciblées n’ont pas nécessairement la même expertise navale spécialisée. On a déjà une grappe industrielle assez incroyable ; un positionnement très avantageux. Si on n’avait pas rapport dans le décor, on n’aurait pas levé la main, mais on sent un certain engouement ; on doit au moins faire partie de l’analyse et ne pas passer à côté de l’opportunité. »
Dans tous les cas, il y a très loin de la coupe aux lèvres et le maire indique que tout sera fait dans les règles de l’art, si jamais l’arbre veut s’étendre au-delà de ses bourgeons.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.