Base navale : du pour et du contre
Un exercice militaire conjoint France-Canada a été organisé dans la baie de Gaspé en mai. Près de 200 militaires des Forces armées canadiennes - la majorité de Valcartier - étaient sur place. Photo Ville de Gaspé - Ève Caron
Certains citoyens sont moins convaincus du bien-fondé d’un projet de base navale à Gaspé.
Quelques-uns soulignent que plusieurs enjeux sont de loin prioritaires à celui-ci pendant que d’autres se demandent si la conciliation est possible avec l’environnement, le tourisme et le développement durable, alors que le parc national Forillon pourrait potentiellement y faire face.
Gaétan Lelièvre, l’ex-député de Gaspé, note dans une publication qu’il s’agit d’une question extrêmement complexe et très lourde de conséquences qui mérite une longue réflexion, et surtout une consultation de l’ensemble de la population du Grand Gaspé, voire même de l’est de la péninsule.
« Le modèle de développement de la Gaspésie au cours des dernières décennies est très loin d’un développement axé sur l’industrie militaire. L’ensemble des acteurs de la région prône fortement la qualité de vie, les paysages, le développement touristique, social, économique et équilibré. Les chantiers maritimes que nous avons sur notre territoire œuvrent dans le domaine des petits et moyens navires ; nous sommes loin des navires de guerre. Sommes-nous prêts à devenir une cible stratégique au plan militaire. Il s’agit d’une question extrêmement importante qui mérite réflexion et consultation. Un processus transparent et efficace de consultation de l’ensemble des acteurs du milieu et de la population en général est essentiel dans ce dossier, préalablement à tout positionnement local ou régional. »

Question de langue
De l’autre côté, la Gaspésie a un riche héritable anglophone et encore aujourd’hui, de la formation est offerte dans la langue de Shakespeare du primaire jusqu’à la formation professionnelle.
Selon le dernier recensement fédéral, environ 4 % de la population parle uniquement l’anglais dans La Côte-de-Gaspé (qui est la langue maternelle de près de 1600 personnes).
Dans la Manicouagan et Rimouski-Neigette – dont les villes principales sont Baie-Comeau et Rimouski, citées par le vice-amiral Angus Topshee – c’est 0,1 % de la population qui ne parle qu’anglais.
Cet état de fait pourrait avantager Gaspé, croit le maire Daniel Côté. « Ça peut être un facilitant et probablement un avantage pour l’intégration d’officiers anglophones par exemple. Sans être une ville bilingue, on a toujours reconnu l’importance de cette culture qui nous enrichit. »
Pour certains, l’implantation d’une base navale pourrait aussi être en quelque sorte un retour de balancier vieux de 160 ans, ou une correction de l’histoire, c’est selon. Le gouvernement du Canada a créé un port franc à Gaspé en 1860, augmentant considérablement les transits de navires d’Europe et des États-Unis. Le nombre de navires enregistrés au bureau des douanes local est passé de 59 à 356 en un an. Des consulats ont été érigés (États-Unis, Brésil, Espagne, etc.) et Gaspé est devenu une véritable plaque tournante du commerce.
Mais comme l’écrivait l’historien Mario Mimeault, « tout laisse croire que le Canada a sacrifié son port franc [de Gaspé] au profit du port de Halifax afin d’inciter la Nouvelle-Écosse à ratifier l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique » et entrer dans la Confédération en 1867.
Quoiqu’il en soit, quelques-uns affirment que Gaspé peut bien rêver d’un jour avoir une base navale, alors que d’autres rétorquent en contrepartie que c’est également le rêve d’un jeune homme et de quelques personnes qui y ont cru il y a 25 ans qui ont mené à ce qui est aujourd’hui le plus grand employeur privé permanent de la Gaspésie en l’usine de pales LM Wind Power, qui emploie plus de 500 personnes. Comme quoi les rêves se concrétisent, parfois.
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