Investir en région, qu’est-ce que ça signifie?

Par Johanne Fournier 3:44 PM - 11 février 2026
Temps de lecture :

Caroline Proulx, alors ministre du Tourisme, lors de la coupe du ruban protocolaire pour l'inauguration de la Station de montagne sur mer, à Mont-Saint-Pierre. Elle était accompagnée du président de la Coopérative de solidarité de développement économique, touristique et social de Mont-Saint-Pierre, Jean-Sébastien Cloutier. Photo Jean-Philippe Thibault

Au Québec, quand le gouvernement parle d’investir en région, de quelle région parle-t-on vraiment? Certainement pas du Bas-Saint-Laurent et encore moins de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Pour Québec, les régions, c’est Laval, Longueuil ou la couronne nord de Montréal. Le reste? Un vaste territoire que l’on mentionne au passage dans les discours, mais que l’on oublie dans les budgets.

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans la façon dont Québec définit ses priorités régionales. Lorsque l’on annonce fièrement des investissements en région, on découvre qu’il s’agit d’une nouvelle infrastructure à Laval ou d’un prolongement de la ligne de métro à Longueuil. Pendant ce temps, le Bas-Saint-Laurent attend toujours certains services de base, la Gaspésie voit ses routes se dégrader et les Îles-de-la-Madeleine luttent pour maintenir une liaison maritime décente.

Cette distorsion n’est pas accidentelle. Elle reflète une vision du Québec où la région métropolitaine concentre les investissements, l’attention politique, les promesses électorales. En attendant, les territoires éloignés de ces zones urbaines doivent se contenter de miettes et de bonnes intentions. On leur envoie des ministres pour les photos, rarement pour les chèques.

Même en Gaspésie, l’injustice règne

Même au sein de la Gaspésie, l’aide gouvernementale se distribue selon une logique incompréhensible. La Haute-Gaspésie, qui est déjà la MRC la plus dévitalisée du Québec, celle qui aurait le plus besoin de soutien massif, reçoit des fragments comparativement à ses voisines.

Comment expliquer qu’une MRC si fragile économiquement soit systématiquement ignorée? Est-ce parce qu’elle manque de poids politique? Est-ce parce qu’elle a déjà trop coulé pour mériter qu’on lui lance une bouée? Cette logique cruelle condamne précisément ceux qui auraient le plus besoin d’aide à se débrouiller seuls, créant un cercle vicieux dont ils ne réussissent pas à s’extraire.

Pendant que certaines MRC obtiennent du financement pour leurs projets, la Haute-Gaspésie quémande l’essentiel. Cette situation de deux poids, deux mesures à l’intérieur même d’un territoire déjà négligé révèle l’ampleur du problème.

Une ministre pour un territoire immense

Sans vouloir la nommer afin de ne pas personnaliser la question, puisque là n’est pas l’objectif, parlons maintenant de la ministre responsable du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Une seule personne pour représenter tout ce beau monde qui occupe un territoire grand comme certains pays européens et qui comporte des dizaines de municipalités qui ont des réalités économiques et démographiques différentes.

Comment peut-elle vraiment connaître les enjeux spécifiques de chaque communauté? Comment peut-elle défendre efficacement la Gaspésie, tout en portant les dossiers de Rivière-du-Loup, de Rimouski et des Îles? La réponse est simple : elle ne le peut pas. Du moins, pas vraiment. Sinon, pas en profondeur.

Ce rôle devient alors celui d’un pompier politique, courant d’une crise à l’autre, coupant des rubans, livrant des annonces préparées à l’avance.

Repenser le modèle

Peut-être est-il temps de repenser ce rôle? Investir en région ne devrait pas signifier saupoudrer des millions au gré des urgences. Cela devrait impliquer une stratégie cohérente de développement, des investissements structurants dans l’éducation, la santé, les communications, le transport. Puis, la ministre responsable de la région devrait être une architecte de cette vision, pas seulement une messagère.

Le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine ne demandent pas la charité. Ces régions réclament les outils nécessaires pour bâtir leur propre prospérité. La vraie question n’est donc pas de savoir si on investit en région, mais plutôt de définir comment on le fait et, surtout, qui décide vraiment.

Redéfinir les priorités

Il est temps que Québec cesse de considérer la banlieue de Montréal comme une région. Quand s’occupera-t-il des vraies régions, celles qui se vident, qui vieillissent, qui survivent plutôt que de prospérer?

Au sein de ces territoires, il faut cibler l’aide là où elle est vraiment nécessaire. La Haute-Gaspésie mérite plus que des miettes. Elle mérite un plan d’urgence, des investissements massifs.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire également

Dix ans à photographier la beauté de la nature

Visées vers la France

Quai de Percé : du dragage et encore des études

Horizon

Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.