Les années se suivent et se ressemblent à la pompe alors qu’un autre rapport démontre que les automobilistes de la Gaspésie – et ceux de Gaspé en particulier – paient leur essence beaucoup plus cher qu’ailleurs au Québec.
Cette fois, c’est le Rapport annuel du marché de détail de l’essence de la Régie de l’énergie du Québec qui démontre la gourmandise des détaillants en Gaspésie.
En 2025, le prix moyen affiché dans la région a été de 1,58 $, selon le document. La moyenne québécoise a été établie à 1,53 $. Cette donnée classe la Gaspésie au deuxième rang des régions où le prix à la pompe était le plus élevé au Québec dans la dernière année.
Le Nord-du-Québec, en raison de sa distance, était seul au premier rang. Montréal était à égalité avec la Gaspésie. Le fait que la métropole affichait aussi un prix de 1,58 $ s’explique par des taxes additionnelles pour le transport en commun.
Ce constat explique encore plus difficilement les prix élevés dans la région, qui bénéficie pourtant d’un crédit de taxes de 4,6 ¢ du gouvernement provincial, à l’exception des secteurs limitrophes avec le Nouveau-Brunswick.
En théorie, ce crédit est censé éponger le coût plus élevé de transport qui a été établi à 5 ¢ par la Régie l’an dernier. En tenant compte de l’ensemble des données de celle-ci, il devient de plus en plus difficile de justifier ces prix élevés.

La marge en cause
Une partie de cette explication se trouve dans la marge de détail des détaillants. Les automobilistes gaspésiens ne semblent pas profiter de l’abolition du prix plancher alors que la marge bénéficiaire moyenne a été de 13 ¢ en 2025, en baisse de 2 ¢ sur 2024, mais loin de la moyenne québécoise de 9 ¢.
En fouillant davantage dans les données de la Régie de l’énergie, on constate que dans la région, la marge la plus élevée reste à Gaspé à 13,6 ¢ l’an dernier. Elle est de 12,3 ¢ dans Rocher-Percé et 11,4 ¢ dans la Baie-des-Chaleurs.
En comparaison, elle est en moyenne de 11 ¢ au Bas-Saint-Laurent et à Montréal, de 10 ¢ à Québec et 9 ¢ sur la Côte-Nord.
Un élément qui pourrait mettre davantage de pression sur les détaillants d’essence de Gaspé et de la Gaspésie dans les prochains mois : la Régie mettra en place une nouvelle méthode de collecte de données.
À compter du 1er avril, dès que le prix changera dans une station-service, il sera disponible sur le site de la Régie, ce qui lui permettra de suivre de plus près les données régionales.
Une tendance qui dure
Un rapport réalisé par le chercheur Robert Clark à la demande du gouvernement du Québec avait établi en 2024 que le prix du litre d’essence avant taxes vendu en Gaspésie a été le plus élevé au Québec au cours de la dernière décennie.
Il s’était notamment penché sur le cas de Gaspé qui trône semaine après semaine à des prix au sommet de la fourchette. Il avait constaté que la marge moyenne était passée de 9 ¢ en 2021 à 15,2 ¢ en 2023, soit près de 70% en l’espace d’à peine deux ans.
« L’idée selon laquelle les prix sont plus élevés dans certaines régions que dans d’autres parce que les entreprises doivent compenser la baisse des volumes par des prix plus élevés n’a pas de sens et n’en constitue probablement pas l’explication pour les prix plus élevés observés », notait-il, concluant que le manque de concurrence à Gaspé expliquait la situation.
Ce rapport confirmait deux enquêtes effectuées par la Régie de l’énergie à l’effet que les détaillants engrangeaient davantage de profits à Gaspé qu’ailleurs au Québec.
Entre 2018 et 2023, les marges ont notamment augmenté de 9,4 ¢/litre à 14,7 ¢/litre comparativement à l’ensemble du Québec où elles avaient augmenté de 6,5 ¢/litre à 10,2 ¢/litre pour la même période, toujours selon la Régie de l’énergie.
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