Pierre Fortin au Musée de la Gaspésie

Par Jean-Philippe Thibault 8:50 AM - 29 janvier 2026
Temps de lecture :

Personnage plus grand que nature, Pierre Fortin est dépeint en bande dessinée dans l'exposition du Musée de la Gaspésie. Photo Jean-Philippe Thibault

Médecin, ministre, député, scientifique, naturaliste, écologiste, parlementaire et shérif des mers ; les différents titres qu’a portés Pierre Fortin et les différents rôles qu’il aura joués au fil de sa carrière seraient suffisants pour lui écrire un livre à part entière, tant le personnage est fascinant et mérite d’être mieux connu.

C’est justement ce que s’est dit l’historien Christian Blais, qui a voulu braquer les projecteurs sur cet homme un peu oublié de l’histoire qui y mérite une place de choix, autant en Gaspésie qu’ailleurs dans la Belle province.

Son ouvrage Le golfe du Saint-Laurent au XIXe siècle – Le Québec maritime de Pierre Fortin a jeté les bases d’une exposition qui a été présentée à l’hôtel du Parlement, puis qui a été bonifiée et qui a fait le voyage jusqu’à Gaspé. Le 22 janvier, le Musée de la Gaspésie a lancé l’exposition Pierre Fortin : mission Saint-Laurent.

Quand l’histoire se répète. Photo Jean-Philippe Thibault

Le shérif des mers

Pierre Fortin (1823-1888) a consacré sa vie à la défense des communautés côtières de la Gaspésie, de la Côte-Nord et des Îles-de-la-Madeleine. Bien que né à Verchères, le valeureux homme des mers a d’aussi loin qu’il est possible de se rappeler eu à cœur les territoires longeant le Saint-Laurent.

Il était l’un des plus ardents défenseurs du Québec maritime au XIXᵉ siècle et a plus tard apporté son expérience du terrain auprès de ses collègues députés dans une énième vie.

Sur l’eau, il commande 25 marins sur La Canadienne, une goélette armée construite spécifiquement pour lui et qui sera la plus rapide du Saint-Laurent ; un véritable symbole de l’ordre. Cumulant les fonctions de juge de paix et de commandant d’une force constabulaire, il sillonne le golfe pendant plus de 15 ans pour lutter contre la contrebande, le pillage des épaves, la pêche illégale et l’insécurité maritime, à l’heure où les malfrats ont le beau jeu et n’hésitent pas à en profiter. Avec sa stature imposante qui force le respect, son expérience et sa vigilance, Pierre Fortin réussira à ramener le calme dans les eaux troubles du Saint-Laurent.

Francophile de surcroît, il profite en parallèle de son statut de médecin et de voyageur pour offrir son secours aux populations qu’il côtoie, comme en novembre 1864 où il aidera à combattre une fièvre grave et contagieuse à L’Anse-au-Griffon.

Pierre Fortin. Photo Jean-Philippe Thibault

Homme politique et visionnaire

Premier député de Gaspé en 1867, puis président de l’Assemblée législative en 1875, Fortin devient le porte-voix des populations côtières au cœur du pouvoir politique. Tour à tour navigateur et parlementaire, il œuvre toute sa vie pour un développement équilibré du Québec maritime, la protection des ressources et la sécurité en mer.

Dans un autre registre, il pilotera le dossier de la mise en place d’un système de communication télégraphique sur le Saint-Laurent. Il est par ailleurs avant-gardiste en matière de protection des pêcheries, à l’heure où personne ne penserait vraiment à s’y inquiéter tellement la ressource semble être abondante.

« Quand l’homme veut changer les lois de la Nature, il subit bientôt les funestes conséquences de sa téméraire entreprise », dirait-il de manière presque prophétique à fin des années 1860, ce qui a de quoi surprendre vu l’écho qui retentit encore aujourd’hui.

« Il a constaté assez rapidement les impacts de l’humain sur son environnement. C’est un fin observateur, intéressé par la science. Il a tenu son premier discours à connotation écologiste en 1868 », précise la conservatrice du Musée de la Gaspésie, Vicky Boulay.

Pierre Fortin est qualifié de franc, loyal, généreux, dévoué et plein de noblesse. Ce n’est pas pour rien qu’il a été désigné par Québec personnage historique le 4 novembre dernier.

Les aventures et les péripéties ne manquent pas pour Pierre Fortin – comme celle de l’interception d’un recel de 30 000 œufs de macareux, à découvrir au Musée de la Gaspésie – au point tel qu’il est difficile de choisir laquelle mettre de l’avant. Le concept de bande dessinée pour l’exposition Pierre Fortin : mission Saint-Laurent est ainsi né spontanément.

« Il a essayé de faire changer choses en posant des gestes remarquables, voire héroïques, d’où le concept d’en faire un héros de bande dessinée pour l’exposition, avec de grandes illustrations. Ça devrait capter l’attention d’un jeune public qu’on essaie d’attirer », précise la conservatrice. L’exposition est à voir maintenant, avant qu’elle ne prenne le large pour la Côte-Nord et les Îles-de-la-Madeleine.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

À lire également

Des projets pour 16,5 M$

En attente du feu vert de Québec

Le projet de navette Minganie-Gaspésie est de retour

Horizon

Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.