Des canons pour la survie de la station

Par Jean-Philippe Thibault 1:16 PM - 29 janvier 2026
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Des skieurs sur le mont Béchervaise. Photo Da Media

Un point commun relie tous les intervenants qui gravitent de près ou de loin autour du Mont-Béchervaise, à tout le moins ceux questionnés par Le Pharillon : la survie de la station passe inexorablement par des canons à neige.

Le manque de neige dans les dernières années entraîne une chute des journées d’ouverture – dans le temps des Fêtes notamment – et plombe les finances de la station qui appartient à la Ville de Gaspé, mais qui est gérée par un conseil d’administration.

Pour plusieurs, le Mont-Béchervais est arrivé à la croisée des chemins. « On a une seule question à se poser, résume le conseiller James Keays. Est-ce qu’on veut un centre de ski, oui ou non ? »

« Si la réponse est non, on continue comme on fait là, d’une saison à l’autre, en ne sachant pas ce qu’on va recevoir et en étant en mode survie. Mais si la réponse est oui, est-ce qu’on est prêts à faire les investissements pour venir pérenniser les activités ? Si on n’est pas prêts à faire de la neige fabriquée, ça revient à dire qu’on ne veut pas de centre de ski et qu’on s’en va tranquillement vers des soins palliatifs pour le Mont-Béchervaise. »

Pas en s’améliorant

Le problème d’enneigement n’est pas nouveau. Une étude d’Ouranos publiée en 2024 précisait que d’ici 2070, les quantités de pluie en hiver vont passer de 116 mm à 180 mm en Gaspésie. Rien de positif pour les stations de la région, qui comptent déjà deux fois moins de journées d’ouverture que la moyenne québécoise (48 jours contre 99 jours).

« Si on veut survivre, garder une station de ski à Gaspé, ça va passer par l’enneigement mécanique, expliquait l’an dernier à l’auteur de ces lignes celle qui était alors directrice générale de la station, Gaëlle Vivier. On n’a pas le choix, sinon dans 5 ou 7 ans, les frais de démarrage vont être plus importants que les revenus qui vont entrer. »

« Éventuellement, on va être obligés de faire de l’enneigement, mais ça ne sera pas avant quelques années parce que ça coûte plusieurs millions », précisait à ce moment le conseiller municipal du quartier Wakeham, Réal Côté.

L’enneigement naturel se fait rare dans les dernières années au mont Béchervaise. Photo Da Media

Pour un signal clair

Marie-Claude Savage a longtemps été sur le conseil d’administration du Mont-Béchervaise et est actuellement entraîneuse au sein du Club alpin. Elle siège également sur le comité pour de l’enneigement artificiel.

« On a le triste record de la station qui ouvre le plus tard au Québec. On est en mode survie. Pas de canons, pas de station. On est la plus grosse ville en Gaspésie, mais on n’est pas capables de s’en doter ? », se questionne-t-elle.

Interrogé sur les intentions de la Ville, le maire de Gaspé dit vouloir prendre acte de la plus récente étude. « En général, on est beaucoup en faveur d’un enneigement artificiel, sauf qu’il y a les coûts et les approvisionnements en eau avec des citoyens qui ont manqué d’eau potable dans les dernières années. On veut bien sous-peser le tout », explique Daniel Côté.

Il rappelle que le projet est inscrit au budget pour 2027 dans le Plan triennal des immobilisations. Une somme de 3 millions a été inscrite pour le Mont-Béchervaise. « C’est quelque chose de possible pour 2027-2028, sous réserve des quantités d’eau et du financement disponibles. »

La question de l’eau n’entre pas dans l’équation, assure toutefois Marie-Claude Savage, étude hydrologique en main. Celle-ci espère que les bonnes informations seront partagées dans le public.

« On sait bien que ça ne va pas nuire aux gens. On va utiliser l’eau et la neige après retourne à sa source. Dire le contraire, c’est de la désinformation. Jamais l’eau des puits des résidents ne sera en danger. Des élus sont aussi allés dire que même avec des canons et le redoux du temps des Fêtes, on n’aurait pas pu skier. C’est complètement faux. D’ailleurs, les canons, ce n’est pas ça le plus onéreux : c’est l’approvisionnement en eau qui coûte cher et qui est compliqué avec les permis. C’est le nerf de la guerre, sinon on en aurait des canons. Au final, on espère un feu vert rapidement de la Ville », conclut la bénévole.

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